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par Denis Gagnon, o.p. Quelque part dans Les Confessions, saint Augustin résume ses fredaines de jeunesse en ces termes: « Non encore amoureux, et amoureux d'aimer. » « Je cherchais, écrit-il, amoureux d'aimer, un objet d'amour, et je m'en voulais d'être en sûreté sur une route sans pièges. » (Livre III, 1) Ce qui semblait intéresser le jeune Augustin, ce n'était pas d'abord la femme avec qui il aurait pu faire sa vie ou, du moins, un bout de chemin. Avant tout, le jeune homme voulait goûter au plaisir d'aimer, à l'ivresse de se sentir en amour. Il n'y a rien de mauvais à aimer aimer. Il n'y a rien de mauvais à souhaiter connaître le plaisir d'aimer. Je ne nie donc pas l'importance du plaisir, mais acceptez que je sois un peu mal à l'aise en rapprochant plaisir et amour. Je m'explique. Aimer l'autre ou aimer pour le plaisir d'être amoureux? Saint Thomas d'Aquin définit l'amour dans une phrase toute simple: « Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un » (Somme théologique, Ia IIae, q. 26, art. 4). Devant soi, il y a quelqu'un. Un autre, avec sa personnalité, avec son identité unique, avec sa densité personnelle. Et quand je l'aime, je veux lui offrir du bien. C'est à l'autre que je veux faire plaisir. C'est l'autre que je veux rendre heureux ou heureuse. D'abord et avant tout. En revanche, aimer pour le plaisir que nous tirons d'être amoureux, c'est chercher avant tout à recevoir. C'est chercher à éprouver l'agréable sensation d'attirer l'attention sur nous-mêmes. Rien de mauvais là-dedans. Mais ici, l'être à aimer, ce n'est pas l'autre, c'est nous-mêmes. Il y a, dans une telle relation, quelque chose qui est resté au stade de l'enfance. Être amoureux d'aimer, aimer aimer, c'est prendre l'autre comme un objet d'amour et non comme un sujet personnel. L'autre n'est pas d'abord une personne que je rencontre et dont je respecte l'autonomie. L'autre est un objet, une utilité. J'en ai besoin pour parvenir à la fin que je poursuis. Quand l'autre ne me sera plus nécessaire, quand j'aurai trouvé mieux que lui pour mon plaisir et mon bonheur, la logique même me suggérera de l'abandonner. |
L'engagement du véritable amour Pourquoi le véritable amour demande-t-il la fidélité? Uniquement parce que, dans l'amour, il y a un engagement envers un autre ou une autre. Un engagement dans la ligne du don, le don de soi. Ce n'est pas d'abord l'amour que nous voulons respecter, mais l'autre dans sa dignité de personne. L'amour vrai suppose toujours un oubli de soi-même. Il me semble important de redonner toute sa place à cette dimension. L'oubli de soi est la manière la plus sûre de ne pas être oublié des autres. L'attention des autres nous rend plus heureux encore que l'attention que nous pouvons avoir pour nous-mêmes. C'est exigeant l'amour. Oui, comme tout ce qui relève de la grandeur et de la beauté dans notre vie. Ce texte a été publié dans l'édition dominicale du Prions en Église. |
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