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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 131 (2008).

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Et s’il y avait référendum…

14 septembre 2008
Année A : La Croix glorieuse
Jean 3,13-17

« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.» (v. 16)


Qui pourrait voir une croix sans penser d’abord à la souffrance, voire à la mort? Il n’est pas rare d’entendre, même de la part de gens qui ne se targuent pas d’être très religieux, des paroles comme celles-ci: «Que voulez-vous? Il faut bien que je porte ma croix!» ou encore: «Un tel a rendu son dernier soupir; il a enfin fini de porter sa croix…»
La croix évoque la souffrance. Demeurent encore dans la mémoire collective ces images du Christ portant la croix, y étant cloué, y mourant dans d’atroces douleurs. D’où peut donc venir que la croix devienne le signe de reconnaissance des chrétiennes et des chrétiens? N’est-il pas scandaleux de se dire disciples d’un maître ayant subi la peine capitale réservée aux criminels?

L’évangile de Jean semble vouloir répondre à cette question en présentant la croix comme un compte rendu de l’amour de Dieu. «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» (v. 16) écrira-t-il. Mais ne nous y trompons pas. Dieu n’est pas le bourreau de son Fils; il ne l’a pas envoyé souffrir et mourir dans l’ignominie. Quel père digne de ce nom pourrait agir ainsi? Dieu a envoyé son Fils pour révéler son grand amour à l’humanité, particulièrement aux personnes ayant davantage besoin d’être promises au bonheur. Et Jésus a accepté cette mission de réaliser le projet d’amour du Père. Il a consacré toute sa vie à cette mission et c’est pour y être fidèle qu’il a accepté d’aller jusqu’au bout. En le crucifiant, on lui a volé sa vie et on lui a volé sa mort. Sa vie, parce qu’elle était si prometteuse pour ouvrir un sens à la vie du monde; sa mort, parce que prophète, c’est à la lapidation qu’il aurait pu tout au plus s’attendre. Mais, on l’a crucifié. Et par amour de l’humanité, il a consenti à cette mort.
L’évangile de Jean le montre assez clairement: Dieu a pris le parti de son Fils. Il ne l’a pas laissé dans la mort. Jésus, le Fils de l’homme, qui était venu du ciel, c’est-à-dire du projet et de la volonté du Père, est monté vers lui (v. 13). Et c’est ainsi que nous pouvons percevoir, dans la foi, que la croix est signe de salut. Passant par elle, le Christ a été élevé dans la gloire. Cela dépasse de beaucoup l’expérience du serpent d’airain auquel l’évangile fait allusion (v. 14) et qui, dans le désert, invitait les Israélites mordus par un serpent à la conversion.

Nous sommes appelés à croire en ce Jésus crucifié et glorifié et à obtenir ainsi la vie éternelle (v. 15). Qu’est-ce à dire dans notre aujourd’hui? Croire en lui, c’est, bien sûr, reconnaître son grand amour. Mais, c’est aussi aimer à sa manière. La croix est toujours un compte rendu de l’amour. Elle l’a été pour Jésus. Elle l’est aussi pour nous. La part de mission qui nous est confiée par le Crucifié glorifié qui prend entre ses bras ouverts tous les humains, toute la création, nous pouvons l’assumer et nous pouvons aussi la refuser. Nous participons d’une certaine manière à un référendum: voulons-nous accepter, oui ou non, malgré les souffrances que cela saura bien nous imposer, de donner notre vie par amour de Dieu et de nos sœurs et frères en humanité? Voulons-nous, oui ou non, marcher à la trace des pas de Jésus en allant vers les pauvres, vers les malades, vers les personnes esseulées, vers celles qui cherchent un sens à leur vie, vers des gens qui ont besoin de nous? Voulons-nous, oui ou non, partager comme lui, servir comme lui, pardonner comme lui?...

Pas d’ambiguïté dans cette question. Y répondre oui, c’est accepter de porter sa croix. C’est parfois même accepter d’y être attaché. On pourrait penser alors que réduits à ne pouvoir plus agir, notre vie devient inutile. Et pourtant, contemplant celui qui est mort en croix, nous pouvons penser qu’il n’y a pas de moments où il a davantage agi. C’est peut-être ainsi qu’il nous faut comprendre la dernière parole mise dans la bouche de Jésus par Jean: «Tout est consommé» (Jean 19, 30). La mort en croix est le sommet de la mission de Jésus. Et parce que sa mission est totalement accomplie, Dieu se fait solidaire de lui en le ressuscitant. Voilà pourquoi de scandaleuse qu’elle pourrait être, la croix devient pour nous glorieuse.

Certes, il n’est pas facile de répondre, sans naïveté aucune, un oui franc à cette question qui implique, si nous votons oui, l’engagement de toute notre vie. Mais dressée devant nous la croix de Jésus n’est-elle pas alors notre unique espérance?

Denise LAMARCHE
Longueuil          

 

 

 

 

 

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