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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 130 (2008). |
Une parole fécondante13 juillet 2008 « Ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (v. 11) La comparaison évoquée par Isaïe au verset 10 pour décrire la parole de Dieu est riche de sens et combien révélatrice. En effet, si la neige et la pluie fécondent la terre pour qu’elle donne de ses fruits dans le but d’offrir à l’être humain de quoi se nourrir, on peut imaginer comment la parole de Dieu est à l’œuvre en chacun de nous. Cependant, nous ne sommes pas toujours disponibles à l’entendre. Contrairement à la terre qui accueille, nous sommes souvent engloutis dans nos préoccupations quotidiennes. Revenons à l’expérience humaine puisque c’est bien là que nous sommes situés. Les paroles de l’être aimé: «Je ne t’abandonnerai pas» ou celles de l’ami qui console: «Je suis avec toi», nous touchent et nous transforment. La parole a fait germer le réconfort, le support et la présence. Ne dit-on pas aussi qu’il faut donner la parole aux sans-voix afin qu’ils puissent avoir eux aussi leur place à part entière dans notre société? Cependant, une parole qui juge, qui blâme ou qui méprise demeure douloureuse et source de tristesse. Des paroles ont détruit des amitiés, des collaborations, des amours. Mais des paroles données ont produit la vie contre toute espérance. Dans certaines circonstances, nos paroles ne sont pas reçues et nous faisons l’expérience de la solitude du désert sans possibilité de rencontre et de dialogue. Nous vivons alors le poids de l’isolement. Les parents qui se frappent contre un mur d’incompréhension face à un adolescent en crise et le jeune qui ressent une profonde souffrance parce qu’il ne se sent pas reconnu dans sa parole sont aussi des exemples percutants qui indiquent à quel point la parole est fondatrice de sens et d’altérité. De plus, avec l’évolution constante des moyens de communications, tant de paroles sont dites en vitesse accélérée et perdues tout aussi rapidement. Nous sommes submergés d’un flot continu de paroles, sans nécessairement de cohérence, qui créent une inconfortable impression d’être bombardés par une cacophonie de mots. Ce qui est dit de la parole de Dieu c’est qu’elle «féconde» la terre. Elle lui donne la vie et la nourrit. Ne nous est-il pas arrivé, à la lecture des écrits bibliques, de ressentir un quelque chose qui nous atteint et nous interpelle? N’avons-nous jamais été transformés par cette parole «performatrice»? Autrement dit, n’avons-nous jamais expérimenté cette parole en tant que transformatrice et révélatrice de sens? À ce propos, écoutons ce qu’explique François-Xavier Durrwell: «La parole n’est pas seulement un énoncé, elle véhicule le mystère énoncé: "La parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie non comme une parole humaine, mais ainsi qu’elle est vraiment: comme la parole de Dieu qui agit en vous les croyants" (1 Thessaloniciens 2, 13). Elle est "parole de vie" (Philippiens 2, 16), une parole performante, réalisatrice de ce qu’elle énonce» (dans Christ notre Pâque, Éditions Nouvelle Cité, 2001, p. 164). Si on croit à l’agir de la parole de Dieu dans notre existence, nous sommes invités à nous orienter vers ce qui est essentiel et à marcher avec confiance malgré les doutes et les incertitudes. Cette parole est aussi un ferment qui rapproche les êtres humains malgré leurs différences en vue de la construction d’un monde plus humain pour tous. Cette parole offre l’espérance absolue face à la finitude et la mort par lesquelles nous devons tous passer. C’est aussi une parole qui devient Bonne Nouvelle pour faire germer notre terreau humain dans les moments les plus difficiles. Une parole qui propose un chemin de paix malgré nos vicissitudes. N’y a-t-il pas lieu de s’arrêter et d’écouter? Sans écoute, nous savons que le dialogue est impossible. Thérèse MIRON
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