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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 130 (2008).

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C’est comme…

27 juillet 2008
Année A : 17e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 13, 44-52

« Jésus disait à la foule ces paraboles: "Le Règne de Dieu, c’est comme un trésor caché dans un champ…" » (v. 44)

«Mais enfin! c’est quoi le Règne de Dieu?»  Jésus fait souvent le tour de la question. Pourtant il n’y répond jamais clairement. Sa réponse usuelle commence à peu près toujours ainsi: «Le Règne de Dieu, c’est comme…» Matthieu en donne sept bons exemples dans son chapitre 13. C’est comme un semeur qui voit seulement une partie de sa semence porter du fruit. C’est comme un autre semeur qui trouve beaucoup de mauvaises herbes autour de ses plants. C’est comme une toute petite semence qui produit finalement une plante de la grosseur d’un arbre, ou comme de la levure qui fait lever la pâte, ou comme un trésor ou une perle qui mérite qu’on donne tout pour l’acquérir, ou comme un filet qui ramasse toutes sortes de poissons qu’il faut ensuite trier. «C’est comme… c’est comme…» Oui mais, c’est quoi? Le Nazaréen n’étant pas homme à tourner autour du pot, s’il répond par des «c’est comme», c’est sans doute qu’il ne peut faire autrement. Essayons de voir pourquoi.
Il se trouve, dans l’Ancien Testament, un texte auquel on fait peu référence et qui est susceptible de nous éclairer, il s’agit du psaume 146. Comme il n’est pas très long, je vais le citer presque en entier.

Ne vous fiez pas aux gouvernants, à un être humain incapable de vous libérer…

Mais quelle vitalité chez celui qui met sa confiance en Yahvé son Dieu, en celui qui rend justice aux opprimés et donne leur nourriture à ceux qui ont faim.

En effet, Yahvé redonne la liberté aux prisonniers; Yahvé rend la vue aux aveugles; Yahvé redresse ceux qui sont tout courbés; Yahvé aime ceux qui vivent de justice; Yahvé protège les étrangers; il défend l’orphelin et la veuve; et il veille à ce que le chemin des criminels ne mène nulle part.

Il va régner, Yahvé, pour toujours.

Une lecture, même rapide, de ce psaume permet d’y reconnaître la figure du Nazaréen. Le psalmiste et lui partageaient la même espérance. Il faut noter les premières lignes citées, elles témoignent d’une expérience fondamentale, celle d’un manque de confiance radical dans la capacité des dirigeants de bien s’occuper de leur peuple. La consigne est formelle: ne leur faites pas confiance! La seconde caractéristique digne de mention se trouve dans l’énumération de l’agir de Dieu. Il est tout-à-fait remarquable que la liste reproduit l’espérance des gens d’en bas, du petit peuple, des petites gens, des victimes du système. Le psaume (et Jésus) n’a que faire du réalisme politique, des lois de la finance, de l’économie ou du commerce, des privilèges des élites. L’espérance du Règne de Dieu vient d’en bas, de la base, elle adopte le point de vue des victimes du système. Le Règne vise une couche précise du peuple: ceux qui portent toute la pression de l’injustice, les victimes du partage inégal des richesses, les gens qu’on a jetés en prison parce qu’ils ne se sont pas laissés faire et qui ne voient plus la clarté dans la noirceur de leur cachot, ceux qui luttent pour la justice, toutes les personnes aux droits limités. Tout cela au détriment des criminels qui avaient monté ce système oppresseur. C’est ce qui se passera quand Yahvé régnera vraiment.

Le Nazaréen tout entier est dans ce psaume. La venue du Règne était la passion de sa vie. Et précisément parce que le Règne était la passion de sa vie, a-til cherché à en donner un avant-goût avant même qu’il n’arrive. Il le manifeste dans son jugement dévastateur sur les dirigeants: il efface d’un trait le gouvernement du grand-prêtre, la royauté de Hérode Antipas et l’oppression impériale de Rome en rétablissant, de par son choix, l’organisation du peuple en douze tribus, chacune dirigée par un homme tiré du peuple. Finie l’oppression, celle qui part d’en haut, qu’elle vienne de Jérusalem ou d’ailleurs. Il libère les gens de tous ces démons («Légion») qui les rendaient malades, il nourrit son peuple, il le défend contre ces nuées de scribes envoyées de Jérusalem pour détruire sa culture. Mais il voit bien que tout ce qu’il fait n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, d’une petitesse à faire pleurer, même si ce qu’il vit est une grande chose aussi, car si on a l’espérance on a tout. Dommage qu’il suscite tant de contradictions, qui un jour devront pourtant être levées.

Il ne sait du Règne que la direction qu’il donne à son agir. C’est pourquoi, quand on lui demande de quoi il parle, il ne peut répondre que par un «c’est comme…»  Façon de dire que sa vraie réponse n’était pas dans les mots prononcés mais dans la ligne tracée par son agir. Et cette ligne, elle était claire.

André MYRE
Montréal     
              

 

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