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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 130 (2008).

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La rencontre de l’étranger

17 août 2008
Année A : 20 e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 15, 21-28

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits. » (v. 25b)

« Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait: "Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David!" » (v. 22a)

Jésus, pour une fois, se retrouve en dehors de ses frontières, à la lisière d’un territoire païen aux yeux d’Israël. Il est hors du territoire du peuple élu, le peuple de la promesse. Et voici qu’une femme du coin, une païenne donc, l’interpelle avec détermination et confiance. Elle crie vers lui sa prière. Une prière née de la foi. De la foi, une païenne? Jésus est embarrassé par cet événement; il hésite devant une demande qui vient de loin, d’une foi lointaine, de la part d’une étrangère. Embarrassé aussi par l’attitude des disciples qui proposent une solution expéditive à une prière qui les lassent et les gênent. La réponse choquante et dure de Jésus à la femme trahit son trouble, son inquiétude. Il se retrouve à un point tournant de sa mission.

Jusqu’à maintenant, il a été Parole de Dieu pour le peuple capable de reconnaître Dieu, le peuple élu, le peuple de la promesse. Il a été celui qui est venu rétablir et renouveler l’Alliance ancienne qui a été rompue. Et voici que la rencontre avec cette Cananéenne, cette étrangère, devient pour lui visage de l’imprévu et figure de la rencontre avec l’inconnu, l’inédit qui interroge et provoque. Qu’une païenne puisse déjà connaître Dieu, qu’elle sache reconnaître son Envoyé, cela le force à aller plus loin en sa mission. Lui qui connaissait les prophètes, qui savait par cœur les psaumes où Dieu se révèle Dieu de tous les peuples, le Dieu d’un salut universel, lui qui croyait que l’enracinement profond en son peuple, sa culture, ses traditions religieuses était condition du succès de sa mission, il découvre qu’il est à la fois Parole de Dieu pour Israël, et Parole de Dieu pour le monde, sans frontières de culture et de coutumes religieuses.

Ce qui est déterminant chez Jésus pour cette nouvelle compréhension de sa mission, c’est la foi réaliste et entièrement confiante de la Cananéenne, elle l’étrangère, la païenne. Comme si devant l’expression de cette foi, Jésus retrouvait l’entière dimension de sa propre foi en un Dieu Père, créateur des mondes; un Dieu qui fait briller son soleil sur tous les horizons, qui verse sa pluie, comme un bienfait, sur les bons et les méchants; un Dieu qui est vraiment Père de tous. Ce qui nous est ainsi révélé de Jésus, c’est qu’en vivant sa mission dans le quotidien et le concret de sa marche sur terre, il découvre que cette mission ne peut s’accomplir vraiment que dans l’acceptation d’une tension entre l’enracinement dans un milieu bien particulier et un amour qui ne saurait connaître de frontière  autre que celle justement de l’amour des autres.

Des rencontres avec ce qui nous semble étranger, inconnu – et d’abord menaçant -  nous en vivons tous et toutes. Et ne limitons pas nos expériences aux rencontres avec ceux et celles qui viennent d’un autre horizon que le nôtre, qui viennent d’un ailleurs. Pensons aussi à toutes ces rencontres avec un visage jusqu’alors inconnu de qui nous est pourtant familier; aux gestes et aux attitudes aussi qui nous révèlent ce qu’il y a d’étranger en nous. Toutes les expériences qui nous placent comme hors de nos frontières habituelles, naturelles. Voilà que ces situations on peut les voir comme des signes de Dieu, comme l’occasion de le rencontrer lui le Dieu de tous les mondes, l’occasion d’une plus grande proximité avec son Envoyé.

Cet épisode d’une rencontre de Jésus avec la figure de l’étranger et la réalité d’une étrangère nous apprend encore que nos premières hésitations face à un monde autre et nouveau peuvent être dépassées. Il peut ainsi se présenter à nous l’occasion d’aller plus avant en notre marche de chrétiens et de chrétiennes. L’occasion, ainsi, nous est donnée souvent d’avancer avec un regard ouvert, intéressé aux appels de la vie. Même nos hésitations et notre trouble peuvent servir à mieux intégrer des expériences de rencontres imprévues au tissu de notre vie. À une condition toutefois. Comme ce fut le cas pour Jésus, notre foi doit savoir devenir assez mûre pour s’ouvrir avec confiance à la générosité de Dieu qui soutient toute marche en avant et conduit à découvrir, aux rythmes de la vie, que nous pouvons aussi faire confiance aux autres… et à nous-mêmes!

Yvon-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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