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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 131 (2008).

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La déréliction n’est pas le mot de la fin

31 août 2008
Année A : 21 e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 16, 21-27

« Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera » (v. 25)


Selon Matthieu, Jésus se situe à l’encontre des pensées dominantes de son époque et il refuse de se laisser dissuader par son disciple Pierre. Jésus comprend que sa vie et sa mission seront génératrices de souffrances non seulement pour lui mais aussi pour ceux et celles qui le suivront. Jésus marche à contre-courant des idéologies sociales et religieuses qui écrasent l’être humain au nom des structures qui enchaînent la vie et brisent son épanouissement.

Pas facile de suivre Jésus dans cette perspective! Ne sommes-nous pas témoins des dommages causés par certaines organisations qui prétendent à l’autosuffisance mais qui détruisent la vie? Si le pouvoir monétaire et le capital prennent toute la place, l’être humain n’arrive plus à survivre parce qu’il est soumis à un dictat souvent meurtrier. Si le juridisme religieux s’impose à tout prix au détriment de l’expérience spirituelle libératrice, nous assistons là aussi à l’écrasement de la vie. Même la raison raisonnante nous conduit à des situations où l’injustice et l’outrage créent leur désastre.

Afin d’éclairer ce propos, écoutons Christoph Theobald qui parle de la «difficile espérance»: «Combien d’idéaux généreux ou de discours appelant à la tolérance débouchent sur des crispations idéologiques et des attitudes qui finissent par exclure. L’espérance se retrouve alors circonscrite à quelques élus… car elle ne se transmet pas à coup d’argumentaires.  Et le témoignage se heurte parfois à des réalités où ni les mots ni les actes ne semblent avoir de sens ». (Transmettre un évangile de liberté, Novalis / Bayard, 2007, p. 225)

Transformer les conditions humaines pour qu’elles deviennent source de vie pour tous et toutes demandent beaucoup de courage, de perspicacité et de discernement. Il est plus simple de maintenir une cécité intérieure ou une surdité du cœur face aux appels qui dérangent. Nous sommes alors calfeutré-e-s dans notre petit confort et nous n’entendons plus la souffrance qui demande délivrance. S’impliquer pour changer les structures mortifères conduit inévitablement à de sérieuses remises en question. Ceux et celles qui s’accrochent à ces structures nous le font vite comprendre par l’application de leur ostracisme.

Le texte de Matthieu indique que Jésus annonce à ses disciples qu’il devra souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes (v. 21). Ce sont là des représentants du pouvoir établi et Jésus est conscient du bouleversement suscité par ses paroles et ses gestes. Il comprend l’ampleur de l’enjeu qui devient de plus en plus prégnant sans qu’il soit possible de l’éviter.

Jésus est habité de l’intérieur par la signification ultime de l’existence humaine. C’est pourquoi il ne se laisse pas dérouter par le doute si présent chez ceux et celles qui l’entourent. Il demeure fidèle à ce pour quoi il se sent appelé. En fait, il ira jusqu’au bout. La force de sa conviction résiste à la tentation de tout lâcher. Son espérance confiante en la présence de Dieu lui permet de trouver l’inspiration nécessaire pour continuer sa route et assumer le destin qui est le sien.

Nous n’avons pas à devenir des prototypes de Jésus, mais plutôt à nous laisser guider par ce qu’il est et fait. Il s’agit d’une invitation à actualiser cette audace pour aujourd’hui et dans le contexte qui est le nôtre. Où sont nos opprimé-e-s, quelles sont les structures sociales, politiques et religieuses qui écrasent nos frères et nos sœurs? Où sommes-nous lorsque surgit l’oppression,  l’injustice et le mépris des plus faibles?

Ce que Jésus pressent de la volonté de Dieu n’est évidemment pas ce qu’en pensent les hommes et les femmes de son temps. La conscience de Pierre n’est pas prête à recevoir la gravité de l’événement qui est en oeuvre. Pierre résiste, il ne peut admettre que Jésus soit appelé à souffrir. Le destin de Jésus dépasse l’entendement du disciple qui comprendra plus tard au moment où lui aussi sera interpellé dans le sillage de son maître.

Par ailleurs, gardons en mémoire un aspect fondamental: s’il est fait mention de souffrance et de mort inévitables, il est aussi question d’espérance absolue. En définitive, tout n’échoue pas dans la déréliction et la finitude n’est pas le mot de la fin. Nous ne sommes pas abandonné-e-s à jamais dans l’ombre opaque du désespoir.

Thérèse MIRON
Montréal

 

 

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