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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 132 (2008).

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Les fruits de la vigne : dons de vie

5 octobre 2008
Année A : 27 e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 21 , 33-43

« Finalement il [le propriétaire] leur envoya son fils, en se disant: "Ils respecteront mon fils." » (v. 37)

La parabole des vignerons homicides nous place d’emblée dans une situation où règnent l’inconscience et la destruction. La chance est offerte aux vignerons de recueillir l’abondance des fruits en provenance d’une vigne dont le propriétaire a pris grand soin. Mais ils sont mobilisés par leur avidité qui génère l’incapacité de comprendre l’importance de la situation. Parce qu’ils sont centrés sur eux-mêmes, ils ne perçoivent pas l’étendue de la responsabilité qui leur est proposée.

Qui n’a pas été témoin de gens qui détruisent ce qui a été patiemment développé par d’autres. Le vrai et l’authentique deviennent une source de menace, de jalousie et de mépris. Si je n’ai pas ce que je veux, alors je détruirai ce pourquoi autrui a patiemment oeuvré par son travail, son dévouement et son amour. Pas étonnant que la confiance soit grandement effritée et qu’il soit si difficile de laisser à la vigilance de quelqu’un d’autre ce qui a du prix à nos yeux.
La complexité de la nature humaine recèle pa

fois des états d’être qui provoquent des comportements qui nous étonnent. Pourquoi s’approprier et saccager le travail et le labeur du prochain? Pourquoi s’acharner à faire en sorte qu’il perde ses acquis? La jalousie est un poison qui mine nos élans intérieurs et confère à notre cœur la dureté de la pierre. Par notre aveuglement, nous ne percevons même plus les promesses de bonheur qui nous sont généreusement offertes.

Selon Matthieu, les vignerons ont refusé de collaborer avec le fils du propriétaire. Ils n’ont vu que l’héritage à convoiter et à usurper jusqu’à tuer ce fils. En fait, les vignerons sont emmurés dans le désir de tout s’approprier à leur avantage au prix même de la vie humaine. Posséder et contrôler toujours davantage même s’il faut détruire et assassiner pour en faire frauduleusement l’acquisition.

Le texte de Matthieu met en perspective le Royaume de Dieu qui sera retiré à celles et à ceux qui s’évertuent à le détruire pour être confié à d’autres qui accepteront de lui faire produire de bons fruits. Le Royaume de Dieu n’est pas quelque chose qu’on peut prendre d’assaut ou qu’on peut perdre aux mains de voleurs. Ce Royaume de Dieu est la «vigne» à partir de laquelle l’existence prend racine pour être offerte à profusion. Et sur le mouvement de la vie, nous n’avons pas d’emprise.

C’est à nous de faire fructifier ce Royaume par notre présence aux autres, par notre générosité à œuvrer pour un monde meilleur, par notre disponibilité à faire croître la vie pour tous et pour toutes. La récolte des fruits de la vigne incarne l’ampleur de la création toujours en germes et offerte à tous ceux et celles qui participent à sa croissance.

L’héritage laissé par Jésus convie à l’exercice de notre liberté. Nous sommes libres d’accueillir ou de refuser le don de vie qui est offert. Dans la parabole des vignerons homicides, le propriétaire ne contraint pas les vignerons, il espère plutôt qu’ils soient en mesure d’être disponibles et généreux de cœur pour faire croître les fruits espérés. À nous aussi, l’invitation est lancée afin que le Royaume de Dieu soit goûté et partagé sans restriction.

Matthieu décrit fort bien les différentes attitudes susceptibles d’être retrouvées chez l’être humain. Tantôt l’envie d’escroquer même au moyen de la duperie et de la violence. Tantôt le désir de posséder qui détruit la confiance accordée. Mais surtout, l’ouverture toujours possible d’une nouvelle perspective.

Pour nous aujourd’hui, les fruits de la vigne représentent l’avenir, la confiance, la générosité sans condition mais aussi le soin d’apporter à l’existence le soutien pour sa plus clémente évolution. Notons que dès le début de la parabole, Matthieu décrit le propriétaire de la vigne comme étant un homme qui s’affaire à sa vigne au meilleur de lui-même. Ce qui signifie à quel point cette vigne est importante et précieuse pour lui.
Nous sommes si souvent obnubilés par nombre de vétilles tout en ignorant ce qui est primordial. Si la vigne et ses fruits symbolisent la dimension inégalée de la vie, on peut comprendre la réaction du propriétaire qui verra à remplacer les vignerons imbus d’eux-mêmes. La parabole dans Matthieu nous faire saisir à quel point le Royaume de Dieu est premier dans notre existence en autant que nous demeurons ouverts pour l’accueillir et multiplier tous ses germes d’espérance.

Thérèse MIRON
Montréal
 

 

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