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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 132 (2008).

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S’ajuster à la vie jusqu’à la mort

12 octobre 2008
Année A : 28 e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 22 , 1-14

« Il [Jésus] envoya ses serviteurs pour appeler les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. » (v. 3)


Quand un homme et une femme décident de vivre ensemble, ils savent qu’ils devront s’ajuster l’un à l’autre. Cet ajustement ne se fera pas automatiquement, mais exigera toute l’énergie de leur bonne volonté. Ils auront à s’ouvrir à une personnalité différente, à une histoire familiale et personnelle différente. Mais ils le feront volontiers, parce qu’ils sont propulsés par la force de l’amour et le bonheur du vivre ensemble. Quand le premier enfant entrera dans la famille, ils devront encore s’ajuster: ils ne seront plus deux, mais trois, avec toutes les exigences et les contraintes de la troisième personne. Mais encore une fois, ils le feront volontiers, mus par la joie et le bonheur d’avoir cet enfant. Avez-vous remarqué ceci? À chaque fois qu’on s’ouvre à la vie sous quelque forme que ce soit, il faut toujours s’ajuster, sous peine de passer à côté de ce qui est offert.

C’est dans ce contexte qu’il faut relire l’évangile de Matthieu de ce jour. Jésus compare le domaine de Dieu à des noces organisées par un roi, mais tout le monde décline son invitation parce que les invités sont plus intéressés à vaquer à leur routine quotidienne qu’à s’ouvrir à quelque chose de merveilleux offert à l’instant même. Finalement, seuls les gens disponibles parce qu’ils n’ont pas de terre ou de commerce accepteront l’invitation. Cette histoire est suivie par une deuxième partie où un des invités sera mis à la porte parce qu’il n’a pas su s’ajuster totalement à la situation: il s’est ouvert à l’invitation, mais il n’est pas allé jusqu’au bout en ajustant ses vêtements.

Où veut-on en venir avec ce banquet de noces? À l’époque où Matthieu écrit son évangile, il cherche à comprendre pourquoi l’élite religieuse juive a refusé de s’ouvrir à l’enseignement de Jésus, un enseignement qui parlait de l’amour incommensurable et inconditionné d’un Dieu pour son peuple, un amour qui crée la même atmosphère qu’un festin de noces. Sa réponse? Cette élite était trop bien établie dans la structure sociale de l’époque, était trop obnubilée par ses intérêts immédiats pour s’ouvrir à autre chose. Voilà la triste constatation sur son peuple que fait Matthieu. Mais à la fin du récit, qui est cet homme qui festoie sans habit de noce? C’est le chrétien, celui qui, contrairement à l’élite religieuse, a accepté l’enseignement de Jésus, mais qui ne vit plus en conformité avec sa robe de baptême, dont la vie ne porte plus les fruits de l’amour. L’évangile se termine comme par un cri de douleur: il y a tellement de gens appelés, pourquoi y a-t-il si peu qui vont jusqu’au bout de l’invitation?

Cette histoire de banquet de noces nous renvoie à une dimension mystérieuse de la vie. Comment est-il possible de refuser une bonne nouvelle, un amour fou, une grande fête, une réalité merveilleuse quelle qu’elle soit? Ou encore, comment un amour originel flamboyant peut-il un jour s’éteindre? Qu’est-ce qui nous permettrait de rester ouvert chaque jour à la musique de la vie et la fête de l’amour? C’est cela notre drame: ce n’est pas que nous avons eu hier un cœur ouvert, qu’il sera ouvert aujourd’hui, car depuis hier la vie a changé, et l’adaptation doit se poursuivre. Permettez-moi d’évoquer la figure de Mugabe, élu président en 1980 de la jeune république du Zimbabwe avec des rêves de justice sociale et raciale. Comment a-t-il pu devenir ce vieillard qui s’accroche violemment au pouvoir, au lieu d’embrasser un monde de justice et de paix pour noirs et blancs où tous pourraient danser dans la rue? Sur le plan collectif, notre monde a également changé, avec le stress sur l’environnement provoqué par notre industrie et le débat sur le pétrole. Comment allons-nous nous ajuster?

Le défi que nous avons à relever, c’est de rester ouvert à la vie dans toute sa profondeur, dans ses dimensions multiples et changeantes, et cela demande un ajustement de chaque jour. C’est là que se fait entendre Dieu, c’est là que se trouve le banquet de noces. C’est ce qu’a vécu, à mon avis, Louise Dallaire, qui a écrit ce beau petit livre Les touristes ne vont pas à Abalak. Mère de famille et enseignante à la retraite, elle accepte une invitation à une fête des peuples nomades du Sahara, au Niger. Malgré la faim, la soif, l’inconfort et la perte de tous ses points de repère culturels, elle s’ouvre à la grandeur et à la beauté de chaque être humain. Elle s’est laissée guider par une foi incommensurable en la vie, elle a trouvé la fête.
Nous voulons marcher dans les pas de Jésus. À chaque jour, il s’est ouvert à tous les appels de la vie, il s’est ajusté constamment à ce qu’il voyait et entendait, et cela jusqu’à sa mort. Est-ce également notre désir et notre prière?

André GILBERT
Gatineau
 

 

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