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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 132 (2008).

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Les trois sœurs

19 octobre 2008
Année A : 29 e dimanche du temps ordinaire
1 Thessaloniciens 1, 1-5b

« Sans cesse nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père » (v. 3)

Charles Péguy parlait des trois sœurs: la foi, l’espérance et la charité. Ces trois vertus théologales structurent la vie chrétienne. Paul en fait l’éloge dans plusieurs de ses lettres. La formulation du début de la première lettre aux Thessaloniciens me semble intéressante à actualiser.

Une foi active, serait-ce une foi en mouvement, en évolution, en progression, en questionnement? Serait-ce encore une foi qui se laisse interpeller et qui ne craint pas le dialogue interculturel et interreligieux? Une foi active, c’est sûrement à l’opposé d’une foi arrêtée dans des positions figées, une foi qui s’isolerait dans la certitude de ses vérités, sans s’ouvrir au dialogue et à l’adaptation.

Une foi active, c’est la foi de tous ces femmes et ces hommes de bonne volonté qui se questionnent au quotidien de leur existence, qui s’inscrivent à des sessions de cours de bible ou de catéchèse, qui s’interrogent sur le sens de leur vie en lien avec leur foi, qui se documentent ou s’instruisent grâce aux médias spécialisés. Ils n’ont rien de fanatiques ou d’illuminés. Ils sont désireux de mieux approfondir leurs connaissances religieuses et leurs convictions. Ils ne sont pas non plus prêts à prendre toutes les idées reçues ou tous les préjugés à la mode. Leur sens critique les amène à se faire leur propre idée dans une plus juste perception de la réalité.

Une foi active, c’est la foi de tous ces parents et grands-parents qui s’efforcent de prendre la relève du monde scolaire pour transmettre aux leurs la personne et le message de Jésus. Ils le font souvent avec tellement de cœur, que cela compense largement le sentiment qu’ils ont de ne pas avoir la compétence académique de catéchètes formés.

Une foi active c’est aussi, je crois bien, une foi qui s’engage, qui passe à l’action. La foi s’exprime alors dans une charité qui se met en peine, qui se donne de la peine. «Pas un seul verre d’eau donné à l’un de ces petits en mon nom ne restera sans récompense.» Qu’ils sont nombreux les gens qui prennent soin comme Lui, de leurs proches et de leurs sœurs et frères en humanité, ou qui ont souci de l’avenir de notre terre. Un amour qui s’ingénie à améliorer le sort de tant de communautés, de catégories de personnes, de familles et d’individus plus ou moins démunis ou exclus dans notre société: voilà l’amour qui se met en peine.

Plus l’on s’engage au nom de sa foi, plus la charité se déploie dans des projets et des initiatives sans cesse renouvellés, plus on a besoin d’espérance! Car la mission semble tellement disproportionnée à nos moyens. Nous avons besoin de l’espérance qui nourrit les élans, qui redresse les épaules fatiguées, qui soutient les mains usées et les cœurs lassés. La persévérante espérance, telle la petite sœur têtue de Péguy, qui donne la main à ses deux grandes sœurs: la foi et la charité. L’espérance permet de durer dans la foi, de résister aux épreuves, de persévérer dans la confiance mise en Dieu, dans les autres et en soi. Qu’ils sont admirables ces parents et ces grands-parents qui continuent d’espérer dans l’accompagnement de leurs jeunes aux prises avec des problèmes d’adaptation sociale, de maladie mentale ou de fragilité psychologique. Qu’ils sont admirables ceux qui accueillent leur enfant avec un handicap physique ou intellectuel et qui en prennent soin avec un amour constamment mis au défi et avec une espérance entêtée qui se réjouit des moindres progrès.
Oui, ne nous gênons pas pour le reconnaître et le proclamer bien haut: dans notre société sécularisée, «les trois sœurs» continuent de porter fruit. Comme l’apôtre Paul, j’en rends grâces à Dieu, car j’y reconnais sa présence.

Gabriel GINGRAS
Charny
 

 

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