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La fameuse question26 octobre 2008 « Maître, quelle est la première directive de l’Enseignement? » (v. 36) Il n’y a qu’une question vraiment importante pour tout être humain: que dois-je faire pour réussir ma vie? Non pas réussir dans la vie, ça n’a rien à voir. Mais réussir ma vie, la seule qu’il me soit donné de vivre. Comme c’est la seule question qui compte, les humains se la sont évidemment posés depuis les origines. Et, naturellement, les réponses foisonnent, et chacune modèle les humains qui s’y réfèrent à sa propre image. C’est pourquoi il n’est pas sans intérêt, pour quiconque se reconnaît dans la tradition biblique, d’aller voir en quels termes ladite question se pose. «Quelle est la première directive de l’Enseignement?», celui qui veut tester Jésus lui demande-t-il. «Et la seconde?», poursuit-il. En posant ses questions, l’interlocuteur se réfère à «l’Enseignement». Cet Enseignement n’est pas le contenu d’un cours, ce n’est pas un manuel, c’est bien plutôt la codification de l’ensemble des expériences de vie jugées significatives par un peuple qui réfléchit sur son histoire millénaire. De son parcours, ce peuple tire un Enseignement apte à le diriger, à lui donner une direction de vie qui s’exprime dans des directives. Il se rend bien compte que, pour être fidèle à lui-même, il ne peut faire n’importe quoi dans la vie, vivre n’importe comment, se fier à n’importe quelle autorité qui prétendrait détenir les secrets de l’existence. Car l’affaire est sérieuse. Si on part mal dans la vie, si on s’oriente mal dans l’existence, on s’en rend rarement compte sur le coup. C’est petit à petit qu’on se fait soi-même, peu à peu qu’on change, lentement qu’on acquiert sa personnalité, qu’on inscrit son identité dans l’histoire. Et un jour, souvent très tard, il arrive qu’on se rende compte qu’on n’est pas devenu celui, ou celle, qu’on aurait voulu être. De là, l’importance, de l’Enseignement, de cette tradition léguée par les ancêtres qui ont longuement mûri la question et ont lentement, au fil des ans, tracé le chemin d’un peuple fait – idéalement parlant – d’êtres humains authentiques. Cet Enseignement permet, si on le comprend bien et si on s’en inspire, d’éviter les grands écueils que rencontrent inévitablement les humains sur le chemin de la réussite de leur vie. Avant de passer à la réponse de Jésus, un aspect intéressant de la question est à souligner. L’interlocuteur veut savoir quelle est la «première», c’est-à-dire la principale direction de vie à suivre. Il ne veut pas se noyer dans les détails. L’important est de partir dans la bonne direction, le reste n’est que secondaire. Le Nazaréen est bien d’accord avec lui là-dessus. La réponse de Jésus se fait en deux temps. L’essentiel tient en peu de mots: poursuivre sa relation avec son Dieu de toute la profondeur de son «je», de toute sa force de vie, de toute sa puissance intellectuelle. Il faut bien comprendre ici que le Dieu dont parle Jésus est précisément celui de l’«Enseignement». Dieu intelligent, Dieu à l’aise dans l’histoire, Dieu de libération, Dieu en guerre contre les systèmes et les injustices, Dieu des pauvres. Rien à voir avec les autres qui encombrent les paysages médiatiques, économiques, religieux. Ce Dieu, il se reconnaît dans l’Enseignement, il se rencontre dans l’intériorité du «je» humain, il s’exprime dans toutes les manifestations de la force de vie de ce «je», et il se laisse intuitionner par la capacité humaine de comprendre les choses. Tout cela peut se redire autrement, dans une autre formulation qui est «semblable» à la première: aie la même relation avec l’autre qu’avec toi-même. Ma façon d’aborder l’autre reflète nécessairement l’«Enseignement» que je tire de mon intériorité, la direction que veut donner à mon être ma force de vie ainsi que ma compréhension de l’ensemble de la réalité qui me touche, soit le Dieu de mon intériorité, l’univers qui m’entoure et l’humanité dans laquelle je façonne mon être. Ma relation avec l’autre exprime donc nécessairement mon sens de Dieu, tout comme mon sens de Dieu se dit dans ma relation avec l’autre. Ici, il faut faire une pause: tout vient d’être dit, tout est là, il n’y a rien à ajouter, rien à faire de plus, rien à compléter, rien de requis, rien d’autre à exiger. Rien sur le culte là-dedans. Rien sur l’organisation ou l’institution. Pas de rituel, pas de dogme, pas de code moral. Pas de religion, en somme. Tout cela est de l’ordre des moyens, de l’aide pratique, de la stratégie pour atteindre l’objectif, si c’est utile. Mais ça n’a rien à voir avec la question, qui est à la recherche de l’essentiel, à savoir quelle direction prendre si on veut réussir sa vie. Question de fond, réponse capitale, qui mérite beaucoup, beaucoup d’attention. Il y va de la réussite ou de l’échec de ma vie. André MYRE |
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