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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 133 (2008).

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L’Évangile, de souvenir en avenir

2 novembre 2008
Année A : Commémoration de tous les fidèles défunts
Matthieu, 5, 1-12

« Ouvrant la bouche, Jésus se mit à instruire ses disciples: "Heureux les pauvres de cœur: le Royaume des cieux est à eux! […] Heureux les artisans de paix: ils seront appelés fils de Dieu!" […] Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux! » (v. 2-3.9.12)

Pour faire mémoire de nos défunts, le passage des béatitudes semble ouvrir, à qui veut bien l’entendre, un espace qui va loin au-delà de la mort. Dans notre foi, fêter le souvenir de nos défunts, c’est en même temps «faire mémoire» de cet avenir et laisser percevoir l’Évangile: «Le Royaume des cieux est à eux…Votre récompense sera grande dans les cieux!»

Les béatitudes. Qu’on soit chrétien, juif ou musulman, ou même incroyant, qui peut rester indifférent devant un tel passage d’Évangile? Pour utiliser une expression qui peut frapper l’imagination, je dirais que c’est l’Évangile qui passe au milieu de nous, qui que nous soyons. On a l’impression, à entendre ce passage, qu’un même souffle pourrait habiter tous les humains. Les béatitudes sont offertes à l’humanité comme un chemin de vie toujours ouvert. Ces béatitudes, telle une incantation, disent chacune à leur façon une attitude ou une action. Et elles disent aussi la promesse. C’est l’occasion de nous rappeler que l’Évangile n’est pas fait de menaces ni d’obligations, mais d’invitations et de promesses… N’ouvre-t-il pas l’avenir? Dans ce sens, la mort d’un proche et le souvenir que nous en entretenons peuvent prendre une toute autre dimension: celle d’une ouverture au-delà de la mort, celle d’une promesse d’une vie plus large.

On n’a qu’à se rappeler ce que les défunts, dont nous faisons mémoire aujourd’hui, ont eu à vivre de grand, de significatif pour eux-mêmes et pour les autres. On verra peut-être comment dans leur vie, ils ont tenté, dans les meilleurs moments, de dépasser la mort pour entrer dans la promesse. Ce sont des gens qui, dans leurs milieux, de manière parfois presque imperceptible, se sont tenus debout pour dénoncer les travers de la vie, pour dire bien haut le sens de la vie. Ils se sont «retroussés les manches» pour venir au secours des autres dans le besoin. Ces femmes et ces hommes sans frontières sont devenus gens de béatitudes.
Se souvenir de nos défunts c’est, à travers ce qu’ils représentent pour nous, tenter de retrouver l’esprit des béatitudes. C’est croire aussi en la communion des saints, à la sainteté possible entre les humains, sorte d’horizon ouvert et qui se déplace constamment, traversant ainsi la mort. Dans un livre intitulé Si tu crois, (Bayard/Études, Paris, 2004) Henri Madelin écrit: «Croire, c’est lire les Écritures et les interroger. Par ricochet, ce sont elles qui lisent et interpellent le croyant dans sa propre vie. La sainteté d’une vie, c’est une écriture sainte qui continue de s’écrire au fil des jours.» N’est-ce pas là toucher au meilleur de nous-mêmes quand y apparaît Jésus dans sa pleine lumière?

En chacune et en chacun de nous peut s’ouvrir l’espace des béatitudes pour que le monde se mette à tourner autour de l’espérance. Au souvenir des défunts, comme au souvenir et à l’avenir des vivants, que se lèvent ces femmes et ces hommes qui loin de vouloir posséder, tentent de vivre le partage avec les pauvres. Des femmes et des hommes qui refusent la force, qui demeurent du côté des affligés, toujours plus près des gens qui pratiquent la paix.

Que celles et ceux qui ont perdu un membre de leur famille ou un proche fassent mémoire, dans le silence et la parole, dans les gestes aussi, pour dire que la vie continue et que, même dans la mort, il se trouve de la lumière, celle d’une vie autre, celle d’une résurrection. Les femmes et les hommes qui ont fait et qui font l’expérience des béatitudes nous donnent envie d’être heureux et de découvrir l’ouverture au bonheur. De la sorte, le souvenir des défunts restera pour nous une ouverture vers un avenir pour ce temps et aussi pour un autre temps.

Guy LAPOINTE
Montréal

 

 

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