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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 133 (2008).

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Le signe du Temple

9 novembre 2008
Année A : Dédicace de la basilique du Latran
Jean 2, 13 – 22

« Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai.» (v. 19)

Est-ce vraiment sous l’impulsion d’un mouvement de colère que Jésus fait place nette des marchands d’animaux et des changeurs de monnaies en cette esplanade du Temple? Ne serait-ce pas plutôt un geste prophétique que Jésus accomplit Jésus pour attirer l’attention tout d’abord sur la sainteté du lieu et ensuite sur sa propre personne. Oui, bien sûr, Jésus est choqué par un mercantilisme outrancier alors que tout, en cet endroit, devrait être marqué au coin du respect. Une colère, si l’on veut, parce que l’amour de la Maison du Père fait le tourment de Jésus. Mais avant tout, c’est un signe que Jésus veut donner aux témoins de l’événement. Un signe qui, dans l’évangile de Jean, vient tout de suite après le signe de Cana, au début du ministère public. Comme pour bien indiquer dès le début qui est vraiment Jésus et quel est le sens profond de sa mission. Et les témoins ne s’y trompent pas. En premier lieu, les disciples qui tout de suite interprètent le geste par recours à l’Écriture: un geste prophétique, né de la volonté de servir Dieu. Puis, les Juifs qui parlent eux-mêmes de signe: «Quel signe donnes-tu pour justifier ton geste?»

Comme bien souvent, en Jean, le geste et le signe sont ambigus, donc sources de malentendus. D’un côté, il y a le respect pour le Temple: «Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.» Et d’un autre côté, l’affirmation que ce Temple peut être détruit, même une invitation à le détruire: «Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai.» On ne peut pas en rester à un premier niveau de lecture, comme les Juifs, témoins hostiles de l’événement, pour comprendre la portée du geste. Jésus n’agit pas ici en réformateur qui chercherait à modifier les rites traditionnels, et même chercherait à établir un culte tout purifié d’éléments extérieurs, tout entier ramené au plus profond et plus intime du cœur. Ne l’oublions pas, ce geste est signe. C’est le signe qui veut indiquer que Jésus est celui qui, au prix de sa vie, vient accomplir les temps et annoncer le jour où Dieu prendra définitivement possession du Temple et de son peuple. Jésus s’inscrit ainsi directement dans la lignée des prophètes qui, comme Isaïe (2, 2-3) et Michée (4, 1-3), annonçaient ce jour où tous les peuples afflueraient vers un temple nouveau venu d’en haut et non plus bâti de mains d’hommes. Il faut cependant aller encore plus loin dans la pleine intelligence du signe. Les disciples nous ouvrent à cette intelligence: «Le Temple dont il parlait, c’était son corps.» Mais cette intelligence-là ne peut venir qu’après la résurrection de Jésus, après Pâques. Alors, oui, le signe devient parlant. Jésus accomplit en sa personne, en sa parole, en toute sa mission ce que le Temple représentait: le lieu de la rencontre de Dieu, le lieu de la pleine communion entre Dieu et les humains. Bien loin d’être le simple reportage d’un événement survenu au début du ministère de Jésus, ce texte d’Évangile veut nous introduire dans le mystère de la personne du Christ; nous indiquer qu’il y a dans la personne de Jésus bien plus qu’un prophète ou qu’un maître de conduite correcte. Il est l’accomplissement de l’Alliance entre Dieu et nous, il est l’ultime Parole de Dieu.

Le signe du Temple peut aussi avoir pour nous une fonction plus immédiate. Sans oublier le sens plein et illuminateur, on peut y voir une indication toute semblable à une signalisation routière: voici un chemin qui s’ouvre pour nous et qu’il peut être bon d’emprunter. Une indication d’abord négative. Ne faisons pas de lieux matériels le but ultime de notre parcours de croyants et de croyantes. Ne nous laissons pas prendre par des pratiques rituelles ou des dévotions qui seraient des chemins sans issues. Il est toujours bon de purifier rites et dévotions, de ne pas en faire des moyens rapides d’accès à la communion avec Dieu, une communion que l’on pourrait ainsi en quelque sorte acheter. Plus engageante est l’indication positive. Le Temple, les rituels et les gestes concrets de la prière, quand ils ne sont pas compris comme but à atteindre ou comme lieux d’action magique, peuvent être des lieux d’incarnation, des signes bien lisibles qui nous disent que Dieu, en la personne du Christ Jésus, vient nous rejoindre en notre monde et que c’est en ce monde que nous le rencontrons. Alors, ils peuvent devenir des signes qu’à notre tour nous adressons au monde et qui disent l’attachement et le respect que nous avons pour Celui qui vient en ces lieux nous rencontrer et nous rejoindre.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

 

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