Un Autre demeure fidèle…
malgré tout!
27 avril 2008
Année A : 6 e dimanche de Pâques
Jean 14, 15-21
« Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. » (v. 18)
Cette promesse révèle que nous ne sommes pas seuls malgré l’inquiétude douloureuse issue de notre solitude et du sentiment d’abandon qui souvent nous traversent. Être orphelin génère une situation de tristesse provoquée par un sentiment de déracinement et d’absence de balises. Notre confiance fondamentale vacille dans le creux de l’absence. Ce manque nous prive d’un lieu d’ancrage et d’une présence significative nécessaire à l’évolution de notre raison d’être.
De plus, nous vivons souvent comme si nous étions «seuls au monde». Nous ressentons alors un isolement qui s’installe derrière le mur qui nous retranche des autres. Notre ego nous aveugle à l’outrance et il rend sourd à l’appel et surtout à la présence de ceux et celles qui nous entourent.
Le texte de Jean nous invite à entendre cette bonne nouvelle selon laquelle nous ne sommes pas orphelins. Jean affirme cette présence qui devient manifeste, si on peut dire, dans la mesure de la vérité qui inspire et oriente notre existence. Jean précise: «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui» (v. 21).
La présence de l’Esprit, ce Paraclet annoncé et promis, demeure intimement liée à notre façon d’être en ce monde puisqu’elle épouse notre condition humaine. L’amour du prochain, la justice, la solidarité, le partage et la confiance en l’à-venir sont quelques-uns des aspects de l’existence dans lesquels l’Esprit se rend perceptible. Le mot «Paraclet» évoqué dans les textes johanniques, signifie: «non la nature de quelqu’un, mais sa fonction: celui qui est "appelé à côté de" (para-kaleô; ad-vocatus) joue le rôle actif d’assistant, d’avocat, de soutien» (Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1981). Cette précision au sujet du Paraclet est fondamentale puisqu’elle nous permet de comprendre davantage pourquoi et comment nous ne sommes pas laissés seuls et sans soutien.
D’un point de vue existentiel, nous sommes en mesure de saisir l’assistance du Paraclet qui nous accompagne aussi dans nos «creux» et nos «vides» les plus douloureux. Ces moments d’épreuves où nous ressentons si durement l’absence d’un appui qui pourrait se tenir à côté de nous pour ne pas que tout lâche et s’effondre. Cette présence agissante qui supporte et agit dans les replis les plus secrets de notre devenir.
Pour tous les souffrants et les souffrantes de cette terre, les cris de douleur n’auront pas été vains. Autrement dit, nos appels ne sombrent pas dans la vide absolu. Un Autre demeure fidèle malgré nos larmes et nos doutes, malgré nos questionnements et nos enfermements.
Se laisser inspirer par les commandements ne signifie pas qu’il faille suivre à la lettre un code rigide, un programme figé ou des lois absolutisées. Il s’agit plutôt de saisir de l’intérieur le sens de ces commandements foncièrement axés sur l’amour authentique et non sur des règles auxquelles il faudrait obéir tête baissée. S’il est vrai que l’amour libère de nos peurs, de nos aveuglements et de nos doutes, qu’attendons-nous pour témoigner de cette transformation opérée par l’Esprit?
On oppose souvent l’esprit du monde et l’Esprit de Vérité. Sans doute que cette distinction veut mettre l’accent sur l’importance de veiller et demeurer vigilants en regard de ce qui nous inspire. Par quoi sommes-nous mobilisés? Quelles sont les valeurs qui nous propulsent? Comment s’exerce notre discernement? Prenons-nous suffisamment de temps d’intériorité pour faire le point et rétablir la paix en nous et surtout avec les autres?
Peut-être faut-il avoir vécu un bon nombre d’années pour que cette sagesse nous rejoigne et nous touche. Lorsque le processus de maturation fait son œuvre, on se rend vite à l’évidence du caractère passager de l’esprit du monde. Malgré tout ce qu’il fait miroiter, il n’arrive pas à combler notre quête profonde. En bout de piste, il creuse en nous un grand vide. Mais tôt ou tard, nous revisitons le parcours de notre existence et nous saisissons à quel point, en dépit des apparences, nous n’avons jamais été orphelins. N’est-ce pas un signe prometteur pour la route qu’il nous reste à parcourir?
THÉRÈSE MIRON
Montréal
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