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Nous portons un mystère qui nous dépasse14 décembre 2008 « Je suis la voix qui crie à travers le désert…» (v. 23) Le décès d’Alexandre Soljenitsyne nous a remémoré la misère et la grandeur de notre histoire contemporaine. Surveillé étroitement et devant cacher ce qu’il écrit, il réussit néanmoins à publier L’Archipel du Goulag pour dénoncer ces camps de travail de Sibérie qu’il a connus intimement et la nature totalitaire du régime socialiste. Cette sortie lui vaudra la perte de sa citoyenneté et son expulsion de l’Union Soviétique. Avoir eu le courage de révéler au grand jour une forme de crime contre l’humanité, malgré la conspiration du silence, le met à part des autres. Mais est-il si différent de nous tous? Nous avons une longue histoire de ces réalités cachées qui finissent par se révéler au grand jour. L’évangile d’aujourd’hui nous propose la figure de Jean-Baptiste. Mais il y a quelque chose de surprenant dans la façon dont cette figure nous est présentée. On pose une question à Jean-Baptiste: «Qui es-tu?». Avez-vous remarqué comment il répond à cette question? De manière négative, en disant ce qu’il n’est pas: il n’est ni le Messie, ni Élie, ni le prophète attendu. Dans la recherche d’une vérité difficile à saisir, il est normal de commencer d’abord par déterminer ce qu’une chose n’est pas; on progresse ainsi malgré tout vers la lumière, même si ce n’est pas la lumière complète. Nous avons ici une réalité encore plus profonde. Pensez un instant à l’histoire de beaucoup d’alcooliques. Tant qu’ils n’ont pas admis qu’ils ne peuvent pas contrôler leur besoin de boire, tant qu’ils n’ont pas admis qu’ils ne sont pas tout-puissants et qu’ils ont besoin d’aide, ils ne peuvent pas connaître la libération. On peut dire la même chose de beaucoup de nos problèmes personnels. J’ai connu une psychologue et thérapeute qui avait l’habitude de dire à ses clients: «Mais vous n’êtes pas Dieu!» C’était sa façon de reprendre le récit du Jardin d’Eden et de faire prendre conscience que la source de nombreux problèmes est la fausse perception de soi et les fausses attentes sur soi qui nous propulsent dans un monde irréel lequel finit par nous détruire. Dire en toute vérité et simplement tout ce que je ne suis pas a quelque chose de libérateur: cela nous rapproche de notre véritable moi, celui que Dieu a créé. Mais il y encore plus. Retournons au récit de l’évangile. Après avoir dit tout ce qu’il n’est pas, Jean-Baptiste peut dire: «Moi, je suis une voix qui crie dans le désert: "Faites un chemin direct vers le Seigneur."» En d’autres mots, après avoir éliminé toutes les fausses images de soi et créé en quelque sorte le vide ou le désert, il est en mesure de créer un chemin direct vers soi, là où parle le Seigneur. À ce moment, se passe une chose incroyable. Nous nous retrouvons dans le désert de tout ce que nous ne sommes pas, mais nous découvrons que nous sommes porteurs d’un mystère qui nous dépasse, notre propre personne, qui est en fait habitée et illuminée par un mystère que la foi chrétienne appelle: l’Esprit du Christ ressuscité. C’est ce que dit Jean-Baptiste: «Au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne percevez pas, il est quelqu’un dont je ne suis pas digne même de détacher la courroie de sa sandale.» Comprenons bien que l’évangéliste Jean est en train de parler de notre cheminement spirituel à travers la figure de Jean-Baptiste. Nous vivons dans un monde qui valorise la prétention. Pourquoi trouve-t-on tant de tricheries à travers le dopage dans les courses cyclistes ou les jeux olympiques? Pourquoi tous ses curriculum vitae où on tient à dire qu’on est presque le messie? Et la première victime, c’est nous-mêmes. La libération commence en nommant en toute vérité et honnêteté ce que nous ne sommes pas, jusqu’au moment où, après cette purification dans l’eau, il ne reste que ce diamant que nous sommes et que nous n’avons pas su voir jusqu’ici, où plutôt le mystère dont nous avons hérité et que nous portons avec nos bras fragiles. André GILBERT |
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