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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 134 (2008).

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La famille, source de vie ou de mort ?

28 décembre 2008
Année B : La Sainte Famille
Luc 2, 22-40

« Et l’enfant se développait et se fortifiait, montrant beaucoup de sagesse, et l’amour débordant de Dieu était en lui. » (v. 40)


C’est l’histoire d’une jeune fille qui appartient à une race connue sous le vocable Roms ou Gitans. La jeune fille habite l’Europe de l’Est. Elle est une étudiante avec un talent exceptionnel et ses notes scolaires sont parmi les plus hautes de son pays. On la voit à l’université et lancée dans une carrière fulgurante. Mais voici que sa famille trouve tout cela trop risqué: elle est forcée à un mariage de convenance, emmenée dans un village éloigné, violée et gardée en isolement. Puis elle fera partie d’un trafic avec l’Europe de l’Ouest où elle fait maintenant partie d’un groupe de mendiants stationnés près d’un stade très connu. Certains essayèrent de la réhabiliter, lui offrant un logis sûr où elle pourrait poursuivre ses études. Elle a refusé, terrorisée à l’idée que sa famille puisse la retrouver. La famille, source de vie ou de mort? Dans ce dernier cas, la réponse est claire.

C’est dans ce contexte que je vous propose de relire le récit de l’évangile de Luc sur les parents de Jésus qui l’emmènent au temple pour compléter le rite prévu par la loi juive pour les mâles premiers-nés: 33 jours après la circoncision de l’enfant qui avait eu lieu le 8e jour de sa naissance, la mère complètera la période de purification de son sang en apportant son enfant au prêtre du temple et offrira un animal en holocauste, i.e. l’animal sera complètement brûlé en signe de don irrévocable, puis un deuxième animal sera offert en sacrifice d’expiation pour les péchés. Ainsi la femme sera purifiée. Pour un mâle premier-né, il fallait en plus le racheter avec une petite somme d’argent, car il appartenait à Dieu, depuis que Celui-ci avait massacré les premiers-nés Égyptiens pour obtenir la libération d’Israël d’Égypte. Sacrifice d’animaux, transaction financière pour ravoir son enfant, célébration d’un massacre d’enfants par Dieu. Ne seriez-vous pas mal à l’aise si vous aviez à faire ces rites? L’évangile semble présenter Marie et Joseph comme des gens traditionalistes qui se conforment à la loi religieuse, et donc contribuent peu à l’évolution de la société. Pourtant, ce qu’ils apporteront est inouï.

Un jour, leur fils Jésus remettra en question les lois religieuses. Il relativisera le sabbat, pourtant le cœur de la religion juive encore aujourd’hui. Il remettra en question les rites de purification, en particulier toutes ses ablutions sur le corps. Et surtout, il prendra ses distances par rapport au Temple et de tous ces sacrifice d’animaux. Il proposera une religion du cœur. Comment le fils de Marie et Joseph a-t-il pu en arriver là? Ne dites-pas simplement qu’il était Fils de Dieu. C’est ignorer l’incarnation, c’est ignorer que Dieu a voulu assumer notre condition humaine, c’est ignorer que Jésus a dû apprendre à devenir un homme, c’est ignorer tout ce que veulent dire les mots de la fin de l’évangile d’aujourd’hui: «Et l’enfant se développait et se fortifiait, montrant beaucoup de sagesse, et l’amour débordant de Dieu était en lui.» On a guidé Jésus pour qu’il se développe. Comment a-t-il pu devenir ce qu’il est sans l’amour, la confiance et l’attention qu’il a reçu? Sa famille fut source de vie, même si cela signifiait la remise en question et la destruction en quelque sorte de son monde religieux.

Le personnage Syméon résumera ce que cet enfant représente: je peux maintenant mourir en paix, pouvons-nous paraphraser, car j’ai maintenant la certitude que tout ce que j’ai espéré se réalisera, je perçois ce plan de libération que Dieu a préparé pour toutes les nations du monde. Une veuve âgée, Anne, que l’on dit prophétesse, reprendra un refrain semblable en annonçant la réhabilitation de Jérusalem, la ville du Temple. Mais avec 2000 ans de recul, qu’avons-nous à dire à Syméon et à Anne? Syméon, Anne, vous avez raison! À cause de Jésus, le monde n’a plus été le même. Pour une foule de gens, il est devenu une lumière qui a illuminé leur vie, il a introduit une nouvelle manière de regarder le monde et de déterminer ce qui est important, la foi en sa présence constante leur permet d’affronter de nombreux défis. Mais ne soyez pas surpris d’apprendre que ce Temple et tous ces rites religieux qui vous ont permis de le rencontrer se sont écroulés, et ne sont plus le lieu où faire l’expérience de sa présence. La réhabilitation du Temple s’est faite en passant à autre chose.
Revenons au déclencheur de cette révolution: Marie et Joseph. Qu’ont donc fait ces gens pourtant traditionalistes? Ils ont aimé, ils ont fait confiance, ils ont été attentifs. Voilà l’essentiel. La forme de la famille a moins d’importance. Joseph n’était pas le père biologique, selon la tradition. Et encore selon la tradition, Marie s’est retrouvée seule après le décès de Joseph. Par contre, notre jeune fille Roms du début a été détruite par une famille «normale». La vraie famille, c’est celle qui est capable de lancer un être dans l’orbite de la vie et le rendre capable de tracer son proche chemin, et d’être à son tour source de vie. En sommes-nous conscients?

André GILBERT
Gatineau

 

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