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Pour ne pas marcher tout croche24 mai 2009 « C’est lui (celui qui est monté aux cieux) qui a donné soit des envoyés, soit des prophètes, soit des évangélistes, soit des pasteurs, soit des enseignants, tout cela pour rendre les membres du groupe efficaces dans le service et la construction du corps du Christ. » (v. 11-12) «Je vous supplie de marcher droit, c’est à cela que l’appel vous a appelés.» Il n’y a pas de plus beau commentaire du sens de l’Ascension que le texte de la lettre aux Éphésiens que ces mots introduisent (4, 1). Or, nous avons l’habitude de lire ce texte avec l’expérience d’Église qui est nôtre. Et, de façon paradoxale, cette perception risque de nous empêcher de bien le comprendre. Pourquoi? Parce que nous cédons facilement à la tentation d’en faire la justification de ce que nous sommes. C’est une des principales difficultés que nous rencontrons quand nous écoutons ces textes anciens – et les commentaires qui en sont souvent faits – en Église. Nous y lisons ce que nous sommes, nous les comprenons à partir de ce que nous sommes. Cela nous empêche d’entendre, à distance, une parole de sagesse et d’expérience qui est à la fois encouragement et mise en garde. Que veut donc nous dire ce texte, de façon moins évidente qu’il n’y paraît à première vue? Certes, il déclare que Jésus est monté au ciel (4, 8-10). Mais, bien que ce soit le fondement de tout, il passe vite là-dessus. Il ne s’y attarde pas. Aucune description de l’événement, aucune spéculation sur le monde de l’au-delà, aucun appel à donner une adhésion intellectuelle à ce «mystère», comme on appelle traditionnellement l’Ascension. L’auteur ne montre aucune propension pour les spéculations désincarnées. C’est le sens, c’est la vie qui l’intéresse. Il le dit dès le début: «marchez droit». Il n’y a qu’une seule vraie question dans la vie: dans quelle direction devons-nous marcher, si nous ne voulons pas nous perdre? À cette question, l’auteur donne un cadre de réponse d’une simplicité désarmante, qui tient en deux mots: vous, nous. Parce que, jadis, dans la dimension de Dieu «qui est au-dessus de tout» (4, 6), il y a eu l’Ascension, aujourd’hui existe un groupe humain uni par une même expérience de fond: vous, nous. L’auteur ne sait rien de l’Ascension, rien d’autre que d’être la nécessaire explication d’une réalité présente. Et c’est cette réalité qui l’intéresse, celle du groupe. Et il ne donne même pas de nom au groupe, il ne sent même pas le besoin de l’appeler Église. Ce groupe a et ne doit avoir qu’une seule caractéristique, soit «l’unité» qui vient du Souffle (4, 3). Le groupe a été appelé à voir les choses de la même façon parce qu’il vit de la même expérience. Il vient du même Souffle, il a la même espérance, il vit sous le même Seigneur, il manifeste la même confiance, il l’a exprimée dans le même baptême, il a le même Dieu (4, 4-6). En utilisant ces mots, l’auteur énumère certains codes, traditionnels dans le groupe, par lesquels celui-ci cherchait à rendre compte de ce qu’il vivait et voulait vivre. On ne sait rien alors (et encore moins depuis…) de ce que signifie l’Ascension en soi, on parle donc de ce qu’on expérimente, soit un groupe qui ne trouve son explication qu’en dehors de lui-même. (Je me permets de souligner, ici, que si nous étions attentifs aux silences de cette «parole de Dieu», nous apprendrions comment ne pas parler des choses de la foi, ce qui serait un énorme progrès.) Première chose, donc, parce qu’il y a eu l’Ascension, le groupe existe. Deuxième chose – et elle est capitale -, le groupe vit parce que «chacun, chacune a reçu un don de grâce que le Christ lui a mesuré» (4, 7). Suit un texte de grande importance qui mérite d’être cité: «C’est lui (celui qui est monté aux cieux) qui a donné soit des envoyés, soit des prophètes, soit des évangélistes, soit des pasteurs, soit des enseignants, tout cela pour rendre les membres du groupe efficaces dans le service et la construction du corps du Christ» (4, 11-12). Pour que soit atteint l’objectif de la formation du groupe, il faut, par ordre d’importance, des envoyés, pour le fonder; des prophètes, pour ne cesser de l’interpeller; des évangélistes, pour lui faire partager la radicalité de Jésus, et puis, à la fin et donc de moindre importance, des pasteurs et des enseignants, pour l’organiser et le mettre au courant des traditions. Quand tous ces gens sont à l’œuvre, le groupe fonctionne bien. (Je me permets de souligner, ici, que si nous étions attentifs tant aux rôles qu’à l’importance relative des fonctions énumérées par cette «parole de Dieu», nous apprendrions comment une Église se fait et s’organise, ce qui serait aussi un énorme progrès.) Une Église qui ne se sent pas secouée par de tels textes risque fort de marcher tout croche. André MYRE |
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