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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 134 (2008).

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Celui-ci est mon Fils bien-aimé

11 janvier 2009
Année B : Baptême du Seigneur
Marc 1, 7-11

« Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre: "C’est toi mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour." » (v. 10 - 11)

Le temps de Noël se termine avec un commencement: le baptême de Jésus. Mais n’est-ce pas plus exactement une reconnaissance de ce qui est déjà là: ce Jésus de Nazareth, il est le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Cette reconnaissance divine est au tout début de l’évangile de Marc et elle fonde pour ainsi dire la mission d’annonce de la bonne nouvelle du salut que Jésus entreprend.

Une reconnaissance qui donne une identité et qui confirme une mission: voilà l’essentiel de ce récit du baptême du Seigneur. N’est-ce pas également l’essentiel de toute célébration du baptême aujourd’hui? Dans notre tradition, on baptise encore beaucoup d’enfants à bas âge. Les parents leur ont donné un nom, une identité familiale, une appartenance citoyenne. À l’église, en présentant leur enfant au baptême, Dieu donne à ce petit être une appartenance religieuse. Il lui dit, - je te connais depuis toujours du nom que tes parents ont choisi pour toi… mon amour pour toi ne s’en ira jamais… tu es mon enfant bien-aimé… en toi j’ai mis tout mon amour!

Toutes les familles qui présentent à l’Église leur enfant pour être baptisé ne sont peut-être pas toutes conscientes de cette reconnaissance divine. Sans préjuger de leurs intentions, il me semble que leur démarche prendrait beaucoup de sens, si on leur présentait le baptême d’abord et avant tout comme une reconnaissance divine. Dieu fait de nous ses enfants et nous offre sa vie, la vie qui ne finit pas, la vie éternelle. C’est sur cette identité divine que se fonde la mission d’engagement dans le monde et dans l’Église, à la suite de Jésus.

Un jeune père de famille lisait récemment le texte qu’il avait lui-même composé au baptême de son enfant. Ce témoignage me semble assez révélateur de la culture socioreligieuse de notre temps et d’une ouverture spirituelle caractéristique de la jeune génération plus ou moins distante de l’institution ecclésiale: «Alexis, mon petit homme, nous te faisons baptiser aujourd’hui pour t’ouvrir les portes d’un monde où la générosité, la solidarité et l’espérance sont permises. […] Nous te présentons à Dieu, nous lui disons ton nom, Alexis Hudon, pour qu’il puisse te nommer quand il veille sur tes nuits, pour qu’il te reconnaisse si tu l’appelles. J’ai hâte de te parler de ce royaume qui m’a fasciné de l’enfance à aujourd’hui: c’est un monde où le pardon existe, où les petits grimpent aux arbres pour voir plus loin. Quand tu seras grand, tu décideras toi-même si tu veux continuer de vivre ta spiritualité dans la religion catholique. Pour nous, ton choix sera le bon, peu importe lequel. Nous serons toujours là pour échanger sur le sens que nous trouvons à l’existence humaine. Je termine en disant ce qu’un père doit dire à son fils le jour de son baptême: "Tu es mon fils bien-aimé, j’ai mis en toi tout mon amour."»

Lorsque les mots et les images de l’évangile colorent les expériences familiales les plus marquantes de l’existence, peut-être y-a-t-il lieu de croire que le plus fondamental de la foi chrétienne peut s’enraciner chez des gens, malgré leurs connaissances religieuses limitées, leurs pratiques sacramentelles occasionnelles et leur intérêt ecclésial mitigé. Mais, ils ont au cœur un amour inconditionnel et un désir de faire tout pour leur enfant sans calculer.

Sans le savoir sans doute, ces parents sont l’écho actualisé de la théophanie du Jourdain: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé.»

Gabriel GINGRAS
Beaumont

 

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