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Le fils révélateur8 mars 2009 « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriyya. » (v. 2a) Les trois lectures de ce dimanche gravitent autour d’une même thématique, celle des relations entre père et fils (nous pourrions, bien entendu, en dire autant des relations mère – fille). Nous connaissons tous l’expression tel père tel fils. En s’y attardant quelques instants, et en laissant résonner son écho, nous sentons que celle-ci semble enfermer l’un des deux membres du binôme dans des catégories déjà bien définies, dans des cadres en dehors desquels il devient difficile de s’extirper. Pauvre fils… Il suffit de connaître le père pour avoir une bonne idée du fils! Quelle part d’originalité lui reste-t-il? Quelle personnalité propre peut émerger de cette association étroite, pour ne pas dire de cette étroite association? Comment faire preuve d’initiative, si ce n’est qu’à l’aulne des agirs antérieurs du père que l’on peut juger de l’intérêt de ceux du fils? Phrase assassine donc que ce «tel père tel fils», glaive meurtrier brandi au cœur d’un devenir qui pourrait ne jamais s’épanouir tellement il se trouve englué dans les préjugés associés au père. À moins de prendre ses distances, d’aller ailleurs, où père et fils peuvent, peut-être, encore se rencontrer dans leur unicité, à travers des regards qui ne jugent plus, des esprits prêts à accueillir la nouveauté, des oreilles capables d’entendre l’in-ouïe, des cœurs ouverts à s’imprégner de ce qu’ils n’ont encore jamais reçu. L’autre expression à la mode, depuis quelques décennies vient d’un livre qui a fait sensation: Père manquant fils manqué. Ici encore, le binôme forme une sorte de chaînon dont les mailles sont tellement tissées serrées qu’il devient presque impossible de s’en sortir. À moins de s’engager dans une psychothérapie, ce qui fait l’affaire de ceux et celles qui prônent ce type d’expression. Cette fois-ci, le fils devient révélateur du père. Toutefois, la révélation ne met pas au jour les beaux côtés paternels, mais les failles qui se sont insérées dans la vie du fils par les manques du père. Blessures d’existence par la non-reconnaissance, par l’absence de contacts, par l’incapacité à se doter de re-pères. Serions-nous voué-e-s à ne pouvoir se révéler qu’en fonction des carences de l’autre, sans possibilité de sortir de ce cercle vicieux? S’y laisser enfermer à son corps défendant? Le texte de Genèse 22 permet-il d’aller au-delà de ces stéréotypes? Peut-être. L’auteur commence par poser le type de relation qu’entretiennent Abraham et Isaac. Des liens intimes les unissent. Il ne s’agit pas d’un fils quelconque, mais d’un unique, aimé de surcroît. Ce qu’ils entreprendront ENSEMBLE, dans leurs rôles respectifs, aura des conséquences pour chacun d’eux. Le texte le signale au verset 2 (mais les traductions françaises n’ont pas l’habitude de le rendre): «Pars pour toi vers le pays.» Ce que le père accomplira aura des retombées sur lui-même, le transformera. Bien que (idéalement) nous ne sachions pas encore la fin, nous sommes assurés que le père sera affecté. L’auteur poursuit son récit par un dialogue (malheureusement coupé dans le lectionnaire) où père et fils s’interpellent, se répondent, s’instruisent dans un jeu d’observations – constatations où toutes les réponses ne sont pas définitives. Il y a du chemin à faire, ENSEMBLE, avant que se révèle le nœud de l’intrigue. Le père ne sait pas tout; le fils le confronte à sa part d’ignorance et reste, lui aussi, ignorant. L’auteur ose inscrire un autre ignorant à sa liste: Dieu lui-même qui met Abraham à l’épreuve. Dans la séquence du récit, Dieu ne sait pas si Abraham va accepter de partir, se rendre à Moriyya et y accomplir ce qu’Il exige de lui. Ce sont les gestes d’Abraham, ses décisions, ses actions, qui permettent à Dieu de constater que celui qu’il met à l’épreuve (mais Abraham ne le sait pas) répond positivement à ses demandes. Et ce sont les gestes d’Isaac, dans son acceptation, qui offrent à Abraham la possibilité d’aller au bout de lui-même. Le récit se poursuit en montrant le père d’une multitude (Abraham en hébreu) disposé à accepter la perte de l’être unique aimé, et celui qui crie (Isaac en hébreu) silencieux et solidaire (et solidement attaché). Père et fils, ENSEMBLE, vont contribuer à lever le voile sur l’ignorance divine et apprendront, en même temps ce qu’ils ignoraient aussi. Le verset 12 marque ce moment charnière, la bascule du récit alors que Dieu affirme que le faire d’Abraham et d’Isaac Lui permet de cheminer: «Arrête car MAINTENANT je sais…», entendons qu’avant Il ne savait pas… Et si, pour les chrétiens, la révélation du Fils ne concernait pas que celle montrée par le Père aux hommes? Si elle permettait aussi au Père d’accéder à une révélation dont il avait peut-être quelques intuitions, mais qui devait passer par l’épreuve de la décision ultime d’un homme dans l’ici-maintenant d’une histoire concrète faite de choix, de décisions, d’agirs, pour s’assurer du bien-fondé de son espérance en l’humanité? Qu’en serait-il de nos discours sur le Fils si celui-ci, loin de n’être que révélateur du Père, devenait révélation pour le Père? Et que, ce faisant, l’épreuve nous était aussi offerte de révéler au Père une collectivité humaine à la hauteur de ses aspirations divines? Robert DAVID |
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