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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 136 (2009).

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Voici venue l’heure

29 mars 2009
Année B : 5e dimanche du Carême
Jean 12, 20-33

«Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. » (v. 27)

Aux moments particulièrement prégnants de notre existence, nous ressentons l’impact de cette affirmation: «Voici venue l’heure.» Cette heure où nous sommes confronté-e-s à une situation inexprimable. Cette heure où rien ne sera plus jamais comme avant. Cette heure que nous voudrions éviter à tout prix. Cette heure fatidique des grandes décisions et des remises en question.

Le texte de l’évangile de Jean nous rejoint dans ce qu’il y a de plus crucial au sujet de la destinée humaine. Pour Jésus, c’est l’ultime message de sa mort. Cette mort que, par ailleurs, il souhaiterait voir s’éloigner de lui: «Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure» (v. 27). Pour Jésus s’effectue une démarche vers une acceptation plénière de sa destinée malgré l’ultime épreuve. En ce sens, Jésus ne se laisse pas détruire par les apparences de la mort.

Dans ce contexte, la mort perd son sens d’absolue perdition et prend une toute autre envergure. La mort de Jésus fait sens, elle ne conduit pas à la déchéance sans aucune espérance. Malgré la venue d’une mort horrible, Jésus prend assise au plus profond de cette cruciale expérience dans laquelle le monde sera sauvé une fois pour toutes.
N’est-ce pas une manière unique d’entrer dans la mort et d’en faire fructifier tout le sens. Oui, nous le savons, nous devrons toutes et tous mourir sans exception. Mais dans la foulée de l’expérience de Jésus, la mort n’a pas dit son dernier mot même si tout semble perdu d’avance.

Nous vivons dans un contexte où il faut vivre à tout prix. Peu importe les conséquences, il faut vivre. Mais la mort demeure une réalité qui nous atteindra un jour même si nous ne connaissons ni le jour ni l’heure. Il ne s’agit pas de vivre d’une manière morbide en contemplant sans recours la fin de notre vie sur terre. Mais tout ce qui vit, doit mourir. C’est la loi pour l’ensemble de ce qui existe. Rien n’y échappe.
N’est-il pas dit dans le texte de Jean: «En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (v. 24). C’est un passage fondamental pour approfondir la question de notre mort. Nous devons mourir pour que quelque chose de neuf puisse naître. Et pour qu’il y ait du neuf, l’ancien doit disparaître pour laisser le terrain disponible à une autre floraison. Autrement dit, la continuité de notre existence doit se fragmenter pour que soit créée la brèche d’où pourra émerger quelque chose de radicalement autre.
Pas facile d’accepter de partir… Qui ne réagit pas avec effroi devant la perspective de mourir? Et lorsque l’heure est venue, nos tergiversations ne servent plus à rien. On ne peut pas y échapper, ni fuir l’échéance. Y a-t-il une alternative? Peut-être! En accueillant ce qui EST afin d’assumer cette réalité dans l’espérance à la suite de Jésus qui, lui aussi, a traversé ce moment décisif.

La mort des autres est un rappel de notre propre destinée mortelle. Si on ne veut pas vivre dans l’angoisse et la terreur qui conduisent à l’aliénation, il devient nécessaire de faire non pas face, mais plutôt d’apprivoiser, un jour à la fois, cette évidence qui est la nôtre.

L’évangile de Jean nous rappelle ce qui suit: «Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle» (v. 25). Que peut-on comprendre de ce passage qui nous bouscule? La vie de ce monde passe, rien ne résiste au changement et à l’érosion, notre vie y compris. Par ailleurs, une dimension plus profonde, celle de l’intériorité, peut sans doute demeurer intacte - qui sait? - malgré la maladie, le vieillissement et la mort. Cette intériorité qui ne correspond pas aux valeurs marchandes de ce monde est tissée d’une promesse et, surtout, d’une profonde sérénité malgré les outrages de l’existence. Qu’est-ce qui ne meurt pas lorsqu’on meurt? C’est peut-être ce fil d’Ariane qui nous relie à l’essentiel sans se laisser corrompre par nos illusions.

Pour approfondir ce propos, laissons la parole à Fernand Patry qui explique ce qui suit: «La vie spirituelle se compare à la rumeur lointaine des vagues qui déferlent sur le sable ou qui se fracassent violemment contre les rochers des contradictions et des indifférences. Plus vous vous approchez du moment de l’embarquement, qui vous conduira sur l’autre rive, plus votre vie intérieure prend son espace et vous prépare» (dans Vivre au présent la souffrance, Novalis, 2008, p. 58).

Thérèse MIRON
Montréal

 

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