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Un bien gros problème4 janvier 2009 «Voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent: "Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui." » (v. 1b-2)
Malheureusement pour Matthieu, non, on ne pouvait pas être plus clair: l’appel à suivre Jésus, cela s’écoutait à l’intérieur de la vaste communauté des fils d’Abraham, ce n’était pas l’affaire des païens. Or, le fait est qu’entre ces paroles de Jésus et le temps où l’évangéliste écrit, il s’est passé plus de cinquante ans. Jérusalem et le temple sont détruits, les chrétiens d’origine juive, dispersés dans l’empire, ne sont plus qu’une petite minorité dans l’Église. La foi chrétienne s’exprime dans la langue de l’empire, a été modelée pour s’adapter à la mentalité des étrangers, vit sous des dirigeants qui ont une tout autre mentalité. Matthieu a compris le message, non sans douleur, car le message est rude, mais il a compris. Il faut accepter, s’ouvrir, s’adapter. Dès le début de son texte, il a donc déjà en tête sa finale: «Allez! Chez tous les païens faites des disciples» (28, 19). La foi est sortie d’Israël, le Christ a parlé dans l’histoire. Aussi, Matthieu annonce-t-il ses couleurs. Jésus est né en Judée, le territoire d’un roi étranger. Et alors que les responsables du peuple n’ont pas daigné se déranger pour aller le voir, des païens, eux, se sont déplacés pour le rencontrer, et ils venaient de très loin, et ils l’ont reconnu. Et s’ils l’ont fait, c’est qu’ils répondaient à une invitation qui venait d’ailleurs, du ciel. Ils ne le savaient pas, mais ils annonçaient ces milliers d’autres qui, moins de quarante ans plus tard, commenceraient à marcher sur leurs traces. Ne soyons pas surpris, veut dire Matthieu, ce qui est arrivé n’est pas le fait du hasard, d’un mauvais calcul du Christ, ou d’une épreuve incompréhensible. Ce qui est arrivé est bien, et il faut nous y faire. Il y a eu le temps de Jésus, il y a maintenant le temps du Christ. Il y a eu le temps d’un peuple choisi, il y a maintenant le temps d’une humanité aimée. Avançons avec confiance, même si nous avons mal. Faut-il en donner des exemples? En voici, dans le désordre. S’émouvoir des souffrances de l’Église plus que de celles du monde et de la nature. Importer des prêtres, plutôt que d’inventer une nouvelle institution. Prier pour les vocations, en espérant que le Christ redonnera vie à un système moribond. Se retourner vers un type de rassemblement et des pratiques du passé, plutôt que de se réunir pour discerner l’avenir. Faire tout pour nous reconvaincre que l’Église a les promesses de la vie éternelle; que le Christ ne nous oubliera pas; que nous l’avons, nous, l’affaire; que nous sommes la vraie religion, que l’Église va finir par comprendre; que le Christ a inventé un système destiné à traverser les âges et que tout doit changer sauf l’Église. Et j’en passe. Notre douleur d’aujourd’hui est celle des chrétiens à qui Matthieu destinait son évangile. Puisse-t-elle nous ouvrir les yeux. Comme jadis, la foi est en train de passer ailleurs, à d’autres. Ils ne viendront pas à nous, à nous de les reconnaître et d’aller les rejoindre. L’histoire en marche nous dit que le Christ est déjà rendu là où il veut que la foi vive. Nous avons tout un problème sur les bras. Le reconnaître est déjà signe de vie. André MYRE |
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