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Des regards et des déplacements18 janvier 2009 « Jésus leur dit: "Venez et vous verrez." » (v. 39) Des visages et des relations, des regards et des déplacements, voilà ce que cet Évangile de Jean nous présente pour parler d’itinéraires de vocations. L’appel et la réponse à l’appel s’inscrivent à l’intérieur de réseaux et mettent des personnes en mouvement. Cette série de courtes scènes est très cinématographique. On imagine des gros plans sur des visages, qui s’échangent des regards, et des prises de vue qui saisissent l’étonnement et l’intérêt, le mouvement des corps d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre. Cette histoire de vocations ne commence pas par les origines et elle ne part pas à zéro. Car elle est déjà commencée. Nous avons deux personnes qui sont déjà disciples d’un troisième, Jean Baptiste, et qui sont avec lui, dans sa mouvance spirituelle. Les Deux sont engagés dans un réseau, un mouvement de réforme religieuse et morale, autour d’un homme de Parole, un prophète qui appelle à se convertir et à recevoir un baptême. Les Deux ont ainsi déjà fait un pas, ils ont exprimé une décision de changer l’horizon de leur vie. Mais ce qui est un point d’arrivée, suite à une démarche personnelle, devient ici un point de départ pour un nouvel engagement. Ils sont allés à Jean Baptiste: c’est lui qui les envoie maintenant à un autre, qui le propose à leur attention. Il pose son regard sur Jésus, lui-même en mouvement, un Jésus qui va et qui vient. Il le nomme d’un titre inspirant: Agneau de Dieu. Les Deux d’abord écoutent cette parole. Le prophète, qui sert de médiateur, est crédible à leurs yeux. Puis ils se déplacent, ils se mettent en marche, à la suite de Jésus que Jean Baptiste a regardé. Maintenant, c’est au tour de Jésus de se tourner vers ces Deux et de regarder à son tour. Il leur pose une question, qui va à l’essentiel: que cherchez-vous? Il voit des personnes en recherche et il les invite à nommer leur quête, comme il le fera au jardin de la passion avec Judas et les gardes et au jardin de la résurrection avec Marie de Magdala. Le dialogue est amorcé. Les Deux, à leur tour, comme Jean Baptiste, donnent un titre à cet homme Jésus; ils l’appellent Maître. Ils veulent connaître son lieu, sa demeure, ce qui évoque une symbolique centrale dans l’Évangile selon Jean. Et Jésus maintenant les appelle à se déplacer encore: venez. Le regard est encore présent: vous verrez, par vous-mêmes. Les Deux passent ensuite à l’action. Ils accompagnent Jésus, ils se déplacent avec lui et ils voient où il demeure. Ils trouvent réponse à leur quête. Et enfin, le mouvement s’arrête pour un temps. Un jour de présence, où simplement être avec Jésus. Autrement, l’histoire de ces vocations ne pourrait se poursuivre avec profondeur. Mais la dynamique de l’appel, avec son inscription dans des histoires de vie particulières et ses changements et déplacements, ne s’arrête pas là. Un des Deux, qui a maintenant un nom, André, devient à son tour médiateur auprès d’une nouvelle personne. Il est déjà lié à Simon, ils appartiennent à un même réseau, non pas religieux comme celui autour de Jean Baptiste, mais familial. Il annonce à son frère ce qu’il a vu et vécu. Et il fait un pas de plus: il donne un autre titre à Jésus, il le nomme Christ, Messie. Son temps de présence avec Jésus, là où il demeure, lui a fait découvrir plus profondément l’identité de celui qu’il a d’abord vu comme un Maître. Ces Deux vont à Jésus, pour que Simon voit par lui-même, à son tour. Mais c’est Jésus qui pose son regard sur Simon et qui voit en lui plus que Simon ne peut voir en lui-même. Et Jésus lui donne un nouveau nom : Pierre. Des regards et des déplacements, des noms et des appellations, des réseaux et des relations, voilà de quoi est fait un itinéraire de vocation, l’histoire d’un appel et d’une réponse. C’est aussi l’histoire d’une communication qui passe par des relais et qui trouve son centre en un lieu mystérieux, une demeure, et le Verbe qui l’habite. Cette série de courtes scènes, vives et animées, avec des visages en mouvement, liés les uns aux autres, est dense. Une chose est sûre: moi qui lis ces scènes et les projette sur mon écran intérieur, je suis quelque part dans ce récit d’appels. Mon histoire de vie et de vocation peut y trouver une dynamique qui aide à reconnaître mon propre parcours. Et ces paroles et ces regards, ces étapes et ces déplacements m’appellent à poursuivre plus loin mon récit. Jusqu’au lieu secret. Daniel CADRIN |
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