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Une journée dans l’itinéraire de Jésus8 février 2009 « En quittant la synagogue de Capharnaüm, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon et André. Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre. [...] Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades [...] Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert… » (v. 29.32.35) Une journée type dans la vie et, j’oserais dire, dans le cheminement de la Parole de Jésus… Tôt avant l’aube et tard le soir Jésus est sur le chemin, dans les maisons. Il rencontre diverses personnes. Ils ou elles sont tombés malades, il les relève, les guérit. Il les remet debout, en route, sur la route de leur vie. Il rencontre aussi des bien-portants, il les invite à le suivre… On en parle moins, mais le souci de la vie des autres, moins malades en apparence, est tout aussi à l’oeuvre. Puis, c’est, pour Jésus, le besoin et le désir d’un endroit désert. Au cœur de son action, il lui faut des haltes pour refaire ses forces, pour mieux reprendre la route à chaque jour et la pousser plus loin. L’Évangile est un chemin qui s’invente à même la vie, tout comme Dieu a inventé la vie. On ne s’y trompe pas, la Bonne Nouvelle en est une de résurrection. Jésus fait plus que simplement guérir; il réinsère la personne malade dans sa vie, son milieu, son travail habituel. De la belle-mère de Simon on dit que Jésus «la prit par la main, il la fit lever. La fièvre la quitta et elle les servait…» Et le soir venu, ce sont des malades nombreux et de partout qui courent littéralement après Jésus, parce que ces personnes sentent qu’elles ont besoin de retrouver le goût de vivre. Il libère les esprits qui encombrent la vie des personnes, des esprits qui les empêchent de parler, de voir, d’entendre, de goûter. Des êtres dont une partie ou l’autre de leur humanité est éteinte ou en voie de l’être. Tout le monde semble chercher et souhaiter – souvent sans trop le savoir - la résurrection à venir. Mais pour que cette route se continue et s’invente; pour qu’il puisse garder cette ouverture à la vie des autres et à son Père, Jésus sent le besoin de se retrouver lui-même, de s’habiter, même «si tout le monde te cherche», comme viennent de lui dire Simon et ses compagnons. Mais Jésus veut aller encore plus loin pour rencontrer d’autres personnes et faire en sorte que l’humanité s’agrandisse à la dimension même de la résurrection en train d’advenir. Comme en bien d’autres passages d’Évangile, on sent et on voit le quotidien de la vie de Jésus. Il est l’homme pour les autres, en même temps qu’il sait se protéger, cultiver son jardin secret pour ne pas être emporté. Il sent l’urgence de la situation; il veut que le plus grand nombre de personnes et de groupes soit touché par sa Parole et ses gestes de vie et de résurrection. Jésus est venu guérir les blessures du monde. Il le sait, mais il ne se laisse pas emporter outre mesure. À suivre ce quotidien de la vie de Jésus, on sent comme un appel. Un appel que j’ai entendu et retrouvé en lisant la jeune juive, Etty Hillesum, morte dans les camps de concentration pendant la dernière guerre mondiale. Je la cite: «C’est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps: dans mon action et mes sensations quotidiennes les plus infimes se glisse un soupçon d’éternité. Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste, et angoissée, je le suis à l’unisson de millions d’autres à travers les siècles, tout cela c’est la vie… Dès qu’on refuse ou veut éliminer certains éléments, dès que l’on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel aspect de la vie et en rejeter tel autre, alors la vie devient absurde: dès lors que l’ensemble est perdu, tout devient arbitraire» (dans Une vie bouleversée, Seuil, [coll. Points 59], 1995, p. 149). Jésus n’est-il pas venu sauver ce qui était perdu? Etty Hillesum, à sa manière, semble l’avoir soupçonné. Les personnes rencontrées au quotidien de la vie de Jésus semblent aussi l’avoir saisi. Les personnes qui aujourd’hui encore et demain se dévouent pour aider les autres à se lever et à ressusciter l’ont bien saisi également. À regarder Jésus, à même son quotidien, nous sentons vraiment que nous sommes sur le chemin de la vie, telle une journée en Évangile… Guy LAPOINTE |
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