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S’adapter à tout le monde15 février 2009 « Faites comme moi: en toutes circonstances je tâche de m’adapter à tout le monde; je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. » (v. 33) Tel un politicien dans une campagne électorale, Paul tâche de s’adapter à tout le monde, sans chercher son intérêt personnel. N’est-ce pas ce que proclame tout politicien avant les élections! Pour Paul, le bien de la nation, la cause du pays, c’est la gloire de Dieu, c’est le salut de la multitude. Voilà ce qui justifie son labeur et ses efforts d’adaptation. Et il spécifie que tout ce que l’on fait «manger, boire ou n’importe quoi d’autre, doit être fait pour la gloire de Dieu.» Son engagement est donc total. Comme lui-même a été «saisi par le Christ», il invite les disciples à se laisser saisir eux aussi. Son modèle, c’est le Christ. On pourrait dire en termes actuels, sa passion, c’est le Christ, tel un feu dévorant qui oriente toute sa personne et tout son agir. Et Paul d’ajouter: «Faites comme moi.» Rien de moins! Cette invitation de Paul me semble tout à fait pertinente, en cette année qui lui est consacrée et dans le contexte ecclésial actuel, où chaque chrétien doit devenir missionnaire dans l’ouverture à la différence et dans le dialogue interculturel et interreligieux. La perspective de Paul repose sur l’urgence de la mission et sur la conviction de «Dieu premier servi». Cela commande toutes les adaptations et les accommodements en vue de la mission. J’ai devant les yeux un signet distribué par l’Institut de la famille à l’occasion de la dernière semaine québécoise des familles. On y lit ceci: «choisir la famille dans mon action pastorale, c’est: chercher à la comprendre, tenir compte de sa réalité, reconnaître ses compétences, l’accompagner dans ses différentes étapes, l’aimer.» Cette formulation rejoint la préoccupation de Saint Paul. Avoir tellement à cœur le salut de tous que l’on s’assoit à la même table, et qu’on partage pour vrai avec le monde, plutôt que de s’isoler dans des positions traditionnelles moins menaçantes, dans la possession tranquille d’une vérité si peu attrayante pour les autres. Le zèle missionnaire de Paul l’a poussé en terrain inhospitalier, à ses risques et périls. Son amour des gens l’a amené à la reconnaissance de leurs ressources et de leurs compétences. Le début de chacune de ses lettres en témoigne éloquemment: «Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus; en Lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu» (1 Co 1, 4). On a parfois l’impression que nos chefs spirituels sont plus ou moins connectés sur la culture contemporaine et qu’ils vivent dans une bulle plus ou moins aseptisée. Si l’on prend Paul pour modèle, et si l’on a à coeur la gloire de Dieu, c’est avec des élans missionnaires que l’Église doit se développer. On va vers le monde non pour le juger et le condamner, mais bien pour le connaître et l’aimer, et lui proposer le salut en Jésus Christ. Les chrétiens quand ils annoncent la bonne nouvelle n’ont pas à diluer le message évangélique, mais bien à doser leurs interventions pour reprendre une expression du théologien Chauvet. Doser en tenant compte des capacités d’accueil des gens. Doser en mesurant les impacts médiatiques de telle ou telle déclaration, et en tenant compte de la perception de l’ensemble de la population. Doser en écoutant pour vrai, c’est-à-dire pour s’enrichir dans le dialogue, et non seulement pour mieux piéger l’autre. Paul, le missionnaire infatigable invite les chrétiens à faire comme lui: s’adapter à tout le monde pour la gloire de Dieu. Cette démarche n’est ni faiblesse, ni concession, ni démission: elle se modèle sur le Christ, qui en accueillant les exclus, les rejetés, les laissés-pour-compte, les lépreux de son temps, faisait en sorte «que de partout on venait à Lui» (Marc 1, 45). Gabriel GINGRAS |
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