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(2009). |
Si ça vous fait mourir, voyez-y28 juin 2009 « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal » (v. 34) Il y a plusieurs façons de mourir, et il faut réagir quand quelque chose nous fait mourir. Marc en offre une belle illustration quand il met en scène deux malades, une femme qui perd du sang et une fillette à l’article de la mort. Ces deux femmes, il les unit l’une à l’autre par le temps, mais surtout par sa façon caractéristique de rédiger son récit. En effet, il commence par parler de la maladie de la fillette, qui, écrira-t-il plus loin, est âgée de douze ans. Puis, il coupe sa narration, alors que Jésus est en chemin pour aller trouver la malade, en insérant le récit sur l’autre femme, qui souffre depuis douze ans. Cet épisode une fois terminé, il revient au cas de la fillette, en nous apprenant qu’elle est morte entre temps. Quand Marc écrit ainsi, en insérant deux récits l’un dans l’autre, il veut que ses lecteurs interprètent le texte du milieu à la lumière de l’autre qui l’encadre. Il avait déjà utilisé ce procédé en 3, 20 à 35: si Jésus n’a plus de lien avec sa famille qui refuse de l’appuyer dans sa nouvelle vie, encore moins en a-t-il avec ces théologiens descendus de Jérusalem pour l’accuser d’être le jouet des forces du mal. Puis il reprend cette façon d’écrire vers la fin de la vie de Jésus (11, 12-15): le temple de Jérusalem est comme un figuier sec, il n’y a rien de bon à en attendre. Dans le cas qui nous occupe, il veut nous faire comprendre que la femme qui perd son sang ne vit plus depuis douze ans, elle est pratiquement morte. C’est qu’il n’y a pas que la perte de sang. Cette femme est socialement morte. Elle est «reject», comme disent les jeunes. Selon la mentalité du temps, comme le sang est sacré - le sang, c’est la vie déclare l’Écriture -, au temps du sang les femmes sont inapprochables. Son mari n’a pas le droit de faire l’amour avec elle (douze ans!); dans son entourage, on ne s’assied pas sur la même chaise qu’elle, on ne prend pas ses ustensiles, on ne range pas sa vaisselle, on ne touche à rien de ce qu’elle a touché. C’est le vide social total autour d’elle, sans parler de l’agressivité permanente (douze ans!), et des jugements: qu’a-t-elle bien pu faire pour être ainsi punie de Dieu… Une morte. Mais une morte qui a encore du ressort. Jusque-là, elle n’avait pas manqué d’esprit d’initiative, des médecins elle en avait consultés, et plusieurs. Ça n’avait rien donné. Ce jour-là, elle a dû aller plus loin, prendre conscience que toute cette législation qui la faisait mourir n’avait pas de bon sens. Et qu’il lui fallait vivre, ça urgeait. Elle brise donc son isolement et fait une première chose qu’elle n’avait pas le droit de faire: se joindre à une foule. Combien en avait-elle ainsi contaminés? Puis, elle aggrave son cas, elle touche délibérément un homme! Même une femme mariée saine n’avait pas le droit de toucher un autre homme que son mari en public. Il faut savoir ces choses pour comprendre le scandale de ce texte. Et Jésus n’est pas mieux, car c’est son être même qui fait scandale. Il n’a pas consciemment décidé de guérir cette femme, mais il est tellement dégagé de ces directives censées venir de Dieu, qu’il les transgresse on dirait tout naturellement. Et quand il en prend conscience, il accepte ce que son corps avait décidé de faire et reconnaît que cette femme avait eu raison dans ses transgressions, qu’au fond c’était sa confiance à elle qui l’avait libérée de son mal et qu’elle pouvait aller en paix, c’est-à-dire en paix avec Dieu. Quoi dire, ici, pour ne pas édulcorer ce texte? Peut-être, d’abord, souligner que le personnage principal de cette scène est la femme. C’est elle qui a l’initiative, Jésus réagit à sa décision à elle. Car tout repose sur sa décision de ne pas se laisser mourir. De ne plus se laisser culpabiliser. De changer son image de Dieu. Il a fallu tout ça pour que, rencontrant la même vision des choses chez Jésus, elle se retrouve vivante. À eux deux, ils avaient réussi à rompre l’isolement qui la faisait mourir. Il faut noter, en terminant, qu’à la fin du récit, le système de mort est toujours en place. Ni la femme ni Jésus n’ont changé le fonctionnement de leur société. Ni n’ont attendu que la société change pour agir. Mais, elle d’abord, lui ensuite, ont réalisé quelque chose qui parle et dit à peu près ceci: Si ça vous fait mourir, voyez-y. N’attendez pas les permissions ou que les choses changent pour agir. Voyez-y, c’est le vrai et seul changement qu’il vous est possible de réaliser. Puis, allez en paix. André MYRE |
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