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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 138

(2009).

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Va et ose !

12 juillet 2009
Année B : 15e dimanche du temps ordinaire
Amos 7,12-15

« Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit: "Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » (v. 15)

L’envoi en mission est présent dans plusieurs pages de la Bible. Ainsi, en ce dimanche, dans l’évangile, les disciples sont envoyés en mission deux par deux et sans trop d’accessoires encombrants, alors que la première lecture raconte l’aventure du prophète Amos envoyé en territoire hostile, là où il n’est ni attendu ni désiré.

C’est souvent le lot du prophète. Ses prises de position ne font pas de lui quelqu’un de populaire. Mais c’est plus fort que lui, il ne peut se taire. Il doit quand même dire haut et fort le message de Dieu, malgré l’hostilité qu’il rencontre et qu’il peut même provoquer. Amos sait bien qu’il dérange les autorités religieuses, mais c’est son devoir. Il se défend bien de le faire par intérêt personnel ou par opportunisme. Il est le héraut de Dieu, il parle au nom de Dieu, il n’a pas le choix. C’est par une inspiration divine, un mouvement intérieur tellement fort, qu’il a laissé son emploi et qu’il est venu dans le Royaume du Nord, dénoncer le culte et le système religieux du sanctuaire local lié au pouvoir politique du roi Jéroboam II. C’est là que Dieu l’a envoyé: Va, et dis-leur… Va, même si tu n’es pas bien reçu… Va, même si tu as peur… Va, même si tu ne te sens pas digne… Va, prends des risques… Va et ose…

Il y a dans cet impératif de l’envoi en mission plusieurs interprétations possibles. On pourrait y voir une justification d’un leadership autoritaire et individualiste: c’est mon devoir! On pourrait également l’utiliser pour défendre des prétendues révélations divines individuelles que s’attribuent des «gourous» contemporains. C’est dans la prière et le discernement spirituel, fruits de l’Esprit, qu’on doit relire l’expérience d’Amos. Peut-être, alors, y trouvera-t-on une interpellation à plus d’audace, à de véritables élans missionnaires, à aller en avant, à monter au front non seulement pour affirmer ses perceptions de la vérité mais encore pour lire dans l’actualité et la culture d’aujourd’hui des appels inédits, des besoins nouveaux et des réponses adaptées.
Je prends le risque de suggérer quelques pistes d’actualisation de ce «Va» qui résonne dans le cœur des baptisés et de l’Église. En effet, depuis le baptême, les chrétiens sont des envoyés pour parler de Dieu, pour donner au monde un visage de ce Dieu révélé dans la Bible et présent à travers eux. Baptisés en Jésus, les chrétiens sont prophètes:

  • quand ils défendent les causes de justice; quand ils ont à cœur l’environnement et l’avenir de notre planète;
  • quand ils s’efforcent d’adopter un style de vie plus simple, contribuant ainsi à un meilleur partage des biens;
  • quand ils s’engagent au service des valeurs familiales et au bien-être de leurs enfants et petits-enfants;
  • quand ils résistent aux pressions de la société de consommation;
  • quand ils s’efforcent de se faire une opinion éclairée plutôt que d’adhérer automatiquement au politiquement correct;
  • quand dans leur engagement professionnel ils développent une éthique du travail dans le respect de la personne humaine; etc.

Ces quelques exemples illustrent des possibilités d’implication des chrétiens à la construction du Royaume de Dieu. Ils sont alors solidaires avec tant d’autres hommes et femmes qui mènent les mêmes engagements. Les chrétiens trouvent dans leur foi au Christ et dans la pratique des valeurs évangéliques, l’audace de jouer leur rôle dans la construction d’un monde plus humain. C’est à chaque nouveau jour et à tout moment de la journée que le «Va» retentit comme un appel au dépassement personnel dans le vécu quotidien.

N’en est-il pas de même pour l’Église? Vers qui est-elle envoyée sinon vers ce monde à rendre plus beau et vers ces gens à rendre plus heureux. Peut-être que notre vieille institution aurait besoin de prophètes comme au temps d’Amos, au huitième siècle avant Jésus Christ, pour qu’elle quitte davantage ses sanctuaires afin de se retrouver davantage au cœur de la société moderne. Elle serait alors prophétique, non seulement par le rappel de la doctrine, mais encore par le courage de ses prises de position pour encourager et promouvoir tous les projets nouveaux qui contribuent à plus d’humanité et à la diffusion de l’Évangile dans ce monde en quête de sens et en soif de spiritualité.

Décidément, le «Va» d’Amos, n’a pas fini de déranger les baptisés et l’Église. C’est un appel à aller plus loin. Comme Abraham, Isaac et Jérémie… dépêchons-nous de salir nos souliers… «au paradis, ce n’est pas la place pour les souliers vernis» (Félix Leclerc).

Va et ose! Va, n’aie pas peur de salir tes souliers.

Gabriel GINGRAS
Beaumont

 

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