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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 139

(2009).

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Il y a pain et pain

2 août 2009
Année B : 18e dimanche du temps ordinaire
Jean 6, 24-35

« Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » (v. 33)

L’introduction au discours johannique sur le pain de vie (6, 26-34) est très difficile à interpréter succinctement, à cause de la façon d’écrire de l’évangéliste qui revient constamment sur ses thèmes. Allons-y donc bravement. Le texte dit essentiellement ceci: Il faut travailler pour acquérir la nourriture qui fait vivre à jamais. Cette nourriture, un pain de vie, c’est le fils de l’homme, qui travaille à le donner. Le travail de Dieu, c’est de faire croire en ce fils de l’homme.

Les mots en italique montrent le contexte du discours, un contexte de travail. Pourquoi cette insistance? Tout s’éclaire si on recule au début du chapitre précédent. Jésus y guérit un malade à la mobilité réduite, qui part avec sa civière sous le bras (5, 9). Enfin, il peut marcher! Mais c’est le sabbat, jour où il n’est pas permis de travailler! Grosse polémique. Déclaration lapidaire et scandaleuse de Jésus: Mon Père ne cesse de travailer et je fais pareil (5, 17). Au début du chapitre qui nous occupe, Jésus en remet. L’évangéliste ne nous dit pas s’il s’agit du même jour, mais il précise que la Pâque n’est pas loin (6, 4). La Pâque, c’est la fête du rappel de la libération ancestrale, la sortie d’Égypte, l’événement fondateur d’Israël. Or, ce jour-là, il y a beaucoup de monde sur place, parce que les gens ont vu les gestes que Jésus posait pour les malades. Aussi, celui-ci en profite-t-il pour donner à manger à tout ce beau monde. Puis, le soir même, il doit rassurer les siens en bateau sur une mer agitée. Ce qui nous ramène à l’introduction du discours sur le pain de vie.

Voilà le contexte permettant d’apprécier l’insistance de notre texte sur le travail. Avant d’y revenir, toutefois, il faut dire un mot d’une expression énigmatique mais d’importance capitale pour l’évangéliste, fils de l’homme (6, 27). La première fois qu’il en parle, Jésus dit aux disciples qu’un jour ils verront le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le fils de l’homme (1, 51). Il s’agit d’une référence à la fameuse échelle de Jacob, que le patriarche voit en vision, ce qui lui fait dire que l’endroit où il se trouve constitue la porte d’entrée du ciel (Genèse 28, 18). Pour l’évangéliste, donc, Jésus est la porte du ciel, c’est-à-dire qu’il en contrôle l’entrée. Au cours de la discussion qui suit la guérison du malade un jour de sabbat, il dira explicitement à propos de Jésus que Dieu lui a donné le pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le fils de l’homme (5, 27). Très souvent, dans les évangiles, fils de l’homme, c’est comme un code pour désigner celui qui va exercer le jugement à la fin des temps. Le texte le plus connu à ce sujet est la grande scène de jugement en Matthieu 25, 31-46.

Nous sommes maintenant en mesure d’interpréter notre texte du début. Avant de le rédiger, et de façon très significative pour son propos, l’évangéliste avait donné à ses lecteurs des exemples de ce que voulait dire pour lui travailler. Travailler, cela signifie mettre un terme à l’entreprise commerciale qu’était devenu le temple de Jérusalem (2, 13-22: l’épisode est suivi d’une parole sur le fils de l’homme en 3, 13-14). Travailler, c’est libérer un homme de la maladie qui le mine et l’empêche de fonctionner en société (5, 1-18: l’épisode est suivi d’une parole sur le fils de l’homme au v. 27). Travailler, c’est aussi nourrir un peuple affamé (6, 1-15), et calmer des humains terrifiés (v. 16-21): ces épisodes sont suivis de paroles sur le fils de l’homme aux v. 27.53.62. En clair, travailler, c’est s’opposer à un système cultuel qui a perdu sa raison d’être. Et Dieu est d’accord avec ça! Travailler, c’est avoir comme priorité absolue la santé et l’insertion sociale des humains, et refuser absolument le laisser-faire. Et Dieu est d’accord avec ça! Travailler, c’est ne pas accepter que des humains aient faim sans avoir à manger. Et Dieu est d’accord avec ça! Et alors que les systèmes qui se sentent attaqués font tout pour écraser ceux et celles qui leur résistent, travailler, c’est suivre son chemin, même quand la mer est ainsi agitée. Et Dieu est toujours d’accord avec ça!

C’est ainsi que Jésus travaille. Et le travail de Dieu, c’est de faire croire en lui. Et une telle foi est un pain qui fait vivre. Et une vie pareille, nourrie d’un tel pain, se poursuivra en vie éternelle. Et la porte d’entrée vers cette vie, ce sera Jésus.
Assurez-vous que tel est bien le pain qu’on vous présente.

André MYRE
Montréal

 

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