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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 139

(2009).

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Pain de vie, pain vivant

16 août 2009
Année B : 20e dimanche du temps ordinaire
Jean 6, 51-58

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » (v. 56)

Tout a commencé par la multiplication des pains, ce jour où Jésus a donné à manger à toute une foule à partir de quelques morceaux de pain. Le pain multiplié, signe du don, du partage. Un signe et un geste inouïs pour une foule qui ne voyait de possible qu’une faim qui ne pourrait être rassasiée. Dans l’évangile de Jean, suit alors un long discours où il est justement question de pain. Un discours qui va conduire de la révélation du pain de vie à celle du pain vivant. Un discours prononcé à la synagogue de Capharnaüm et qui s’adresse – alors comme dans tous les temps - à celles et à ceux qui osent aller jusqu’à croire comme à celles et à ceux qui butent sans cesse sur l’absence d’évidences.

Dans un premier temps de ce discours, Jésus nous dit que le pain qui donne la vie, c’est lui-même. Les femmes et les hommes qui écoutent sa parole et qui la reçoivent dans la foi, qui s’attachent à sa personne, communient à sa vie comme à sa mort, trouvent là le pain qui donne sens à leur propre vie jusque dans leur propre mort. Jésus est ce pain qui se donne pour la vie des autres. Ces autres qui sont conviés à reproduire dans leur propre existence le modèle exemplaire reconnu dans la parole et le chemin traversé par Jésus.

Mais voici que le discours nous conduit plus loin, et même ailleurs. C’est la section du discours qui nous est proposée pour ce dimanche. Il y est encore question de pain offert et donné, un pain qui est toujours Jésus lui-même, un pain qui n’est plus cependant appelé «pain de vie», mais «pain vivant». Un pain actuel, un pain de ce jour, un pain toujours présent malgré l’apparente absence de Jésus. C’est un pain qui sans cesse se renouvelle depuis le soir des adieux, à la veille de sa mort, alors qu’entouré de ses amis, il disait sur le pain et le vin: «Ceci est mon corps, ceci est la coupe de mon sang.» Quand il dit aujourd’hui: «Je suis le pain vivant, le pain que je suis et que je donne, ma chair donnée pour qu’ils aient la vie», nous comprenons qu’il s’agit alors de l’eucharistie. Pain de sa présence et pain de sa force et de son énergie qu’il nous communique. Il est toujours là, prêt à se donner, n’attendant que d’être accueilli dans le réalisme de l’eucharistie qui est la suite du réalisme de son incarnation.

Et c’est avec un réalisme presque choquant que l’évangile de Jean insiste sur la nécessité de «manger», et même de «croquer» ce pain qui est la chair du Christ. C’est la condition pour communier à sa vie, et communier si étroitement que sa vie devienne la nôtre, comme la nourriture quotidienne donne vie à notre corps. Et l’on retrouve ici une allégorie semblable à celle de la vigne et des sarments qui ne peuvent avoir de vie qu’en restant attachés au cep dont ils reçoivent la sève. Recevoir, manger, boire, pour demeurer avec lui et en lui. La réception du pain eucharistique n’est pas le simple souvenir d’un événement qui n’a duré qu’un moment, mais une communion véritable et stable avec celui qui sauve et refait la vie, et fait entrer en gloire. Le pain vivant est donné pour faire demeurer dans l’état de vie.

«Comment cet homme peut-il donner sa chair à manger?» Nous n’avons pas trop à nous offusquer de la réaction des auditeurs juifs de Jésus à son discours sur le pain vivant. Il est toujours difficile pour nous comme pour eux d’entendre ces paroles de Jésus et d’y croire pleinement; de ne pas voir là qu’une allégorie ou des paroles abstraites qui n’ont que peu de liens avec la réalité qui est nôtre. Nous sommes comme confrontés à l’impossible. Il faut oser croire que notre vie peut se greffer à la sienne et être promise à la même plénitude, croire que, comme pour lui, la mort n’est pas le dernier mot de tout. Il faut, pour y arriver, garder l’esprit ouvert, être capable d’étonnement et d’admiration. Peut-être faut-il aussi un esprit qui a été affermi par la parole qui devient réponse au besoin profond du cœur humain: que l’infinitude de ses désirs et de ses faims puisse être entendue et satisfaite à jamais.

On reste admiratif devant semblable évocation de l’eucharistie; on doit aussi en venir à la louange et à l’action de grâce. Plus encore, dépassant l’apparent insurpassable obstacle du possible et de l’évidence, il faut en venir à devenir vraiment ce que l’on reçoit en ce don de pain: des êtres capables de don et de partage; capables de refaire la vie pour soi et pour les autres; capables de demeurer et d’aider à demeurer dans l’état de vie.

Yvon-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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