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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 139
(2009).
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Guérir de la surdité
pour guérir du mutisme
6 septembre 2009
Année B : 23e dimanche du temps ordinaire
Marc 7, 31-37
« Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit: "Effata!", c’est-à-dire: "Ouvre-toi." Ses oreilles s’ouvrirent; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement. » (v. 34-35)
Que de fois nous entendons des gens qui, regrettant le temps passé, jugent le monde d’aujourd’hui bien moins beau et bien moins intéressant que celui de jadis, voire méchant et perdu. Comme si le Christ n’était plus la lumière du monde! Le texte de l’évangile de Marc qui est proclamé en ce dimanche est loin de nous permettre de penser cela.
En effet, c’est en plein univers païen, dans la Galilée des nations, que Jésus se retrouve. C’est en faveur d’un païen qu’on lui amène qu’il posera un geste tout à fait gratuit. Et sans rien lui demander en retour. Il n’impose aucune condition à cette personne affligée de surdité et, par conséquent, de mutisme. Il ne lui dit pas: «Je vais te guérir si tu acceptes de venir à la synagogue, ou au Temple.» Il ne lui dit pas: «Tu pourras entendre et parler si tu décides de me suivre et d’agir conformément à ma volonté.» Non. Aucune condition!
Au-delà de la méthode de guérison qu’il emploie (v. 33) et qui nous étonne, c’est par son attitude, par sa façon d’être et d’entrer en relation avec l’autre que Jésus inspire. C’est par sa compassion et par le respect qu’il porte à l’autre qu’il risque d’attirer à lui. Ainsi, touché par la souffrance de celui qui n’entend pas et communique difficilement, il le respecte à ce point qu’il l’amène à l’écart pour le guérir. Jésus se réfère peut-être au prophète Isaïe qui donnait comme signe du salut voulu et accompli par Dieu, la guérison des aveugles, des sourds, des boiteux et des muets. (voir Isaïe 35, 4-6) S’il est le messie, l’envoyé de Dieu, c’est par des gestes semblables qu’il peut ouvrir l’être humain à toutes ses possibilités, y compris celle de rencontrer Dieu, d’entendre sa Parole et de lui répondre par la prière et la contemplation. Mais on peut aussi lui répondre en accordant sens à la vie et en faisant de sa vie un service du Seigneur en aidant, en secourant les autres, en les aimant véritablement.
Voilà pourquoi tout en posant des gestes de guérison, Jésus fait confiance à Dieu. Après avoir agi en guérisseur humain, il lève les yeux au ciel (v. 33-34), ce qui n’est pas inédit dans les récits de guérison. C’est toujours après avoir imploré de Dieu le pouvoir de guérir que Jésus opère le miracle. Dans ce prodige en faveur du sourd-muet, la commande Effata, qui se traduit par ouvre-toi, porte immédiatement effet. Cet événement atteste que l’œuvre de Dieu et celle de Jésus vont dans le même sens et que la foi et l’action humaine, loin de s’opposer, portent fruit ensemble.
Ne sommes-nous pas aujourd’hui la personne sourde qui a besoin de s’ouvrir à l’écoute de la Parole de Dieu? Une véritable écoute. Notre cœur n’aspire-t-il pas à cet entendement? Notre intelligence n’est-elle pas en quête de cette Parole qui console et réjouit; de cette Parole qui appelle sans cesse au dépassement et à la conversion? Et cette Parole, où pouvons-nous l’entendre? Certes, dans les textes des Écritures qui, si nous les accueillons dans la foi, deviennent en nous cette Parole mais aussi, dans les personnes vivant diverses situations auxquelles nous avons à voir et dans les événements qui sollicitent notre attention. Dieu nous parle. Comme il nous faut tendre l’oreille de notre cœur pour l’entendre! Comme nous avons besoin de nous soumettre à l’Effata pour que s’ouvre notre esprit à l’accueil de cette Parole!
Notre surdité spirituelle est souvent la cause de notre mutisme. Peut-être notre vie, encore plus que nos mots, saurait-elle parler le langage du support fraternel si nous entendions, en notre cœur le «Prenez courage» que Dieu nous dit; peut-être parlerait-elle davantage d’un Dieu qui pardonne toujours si nous l’entendions nous dire sa miséricorde à notre endroit; peut-être indiquerait-elle les voies de la justice et de la solidarité si nous entendions sa Parole qui nous envoie établir la justice et l’égalité des rapports entre tous ses enfants de la terre… C’est au cœur de nos familles, de nos communautés, de nos quartiers, de notre pays, du monde même, que notre vie peut inviter à lever progressivement le voile sur Dieu et sur Jésus. Point n’est besoin pour cela de poser des conditions ou des ultimatums à celles et à ceux que nous reconnaissons comme étant nos sœurs et nos frères en humanité. Il nous suffit d’agir par motif de conscience et d’être nous-mêmes fidèles à ce que nous entendons et qui nous vient du Verbe de vie. Rendre le monde où nous vivons toujours plus beau, faire en sorte que les femmes, les hommes, les enfants, voire les nations et les peuples, soient toujours plus heureux, c’est n’être pas muets parce que nous entendons la Parole qui nous confie de poursuivre l’œuvre de Dieu en assumant l’intendance de la création et en portant, à la suite du Christ et avec lui, la lumière dans le monde.
Si nous voulons guérir de notre surdité pour guérir de notre mutisme, il faut nous soumettre à l’Effata prononcé sur nous depuis notre baptême.
Denise LAMARCHE
Longueuil
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