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Passer mais, passer à quoi ?12 avril 2009 « Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Je me souviens d’un aveugle qui, en même temps que moi, visitait les Floralies de Montréal, il y a déjà plusieurs années. Il avait l’autorisation de toucher les fleurs et, la dame qui l’accompagnait lui donnait quelques renseignements: «Ce sont des fleurs rouges qui sont en grappes… ces autres fleurs font penser au soleil…» Et soudain, j’entendais l’aveugle qui disait: «Oh! oui! Je vois…» C’était émouvant et cela m’a beaucoup donné à penser. Si ce fait me revient en mémoire aujourd’hui, c’est que le disciple bien-aimé dont il est question dans l’évangile qui nous est proclamé semble avoir fait une expérience semblable à celle de l’aveugle. Comme les autres disciples, «il n’avait pas encore vu que d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts» (Jean 20 ,9). Il n’avait pas vu. Il n’avait pas compris. Et maintenant, il voyait; il comprenait. Il voyait avec les yeux du cœur. Certes, il avait, en homme intelligent, tenté d’interpréter les signes. Émotive, Marie de Magdala avait pensé, à la vue du tombeau vide, qu’on avait enlevé le corps du Seigneur dont elle venait pleurer la mort à l’aube du dimanche (v. 1-2). Peut-être plus rationnel, le disciple bien-aimé, comme probablement Simon-Pierre, a pu entrevoir une autre hypothèse. Puisque «le linceul est resté là» (v. 5) et que «le linge ayant recouvert la tête de Jésus était roulé à part à sa place» (v. 7), c’est qu’on n’a pas volé le corps. Autrement on aurait aussi emporté le linceul et le linge. Cette hypothèse était tout à fait plausible. Mais il fallait plus que la raison pour que le disciple bien-aimé parvienne à croire à la résurrection de Jésus, pour qu’il admette que son Maître était passé de la mort à la vie. Le disciple que Jésus aimait a vécu, en un certain sens, sa propre pâque, c'est-à-dire un passage des ténèbres à la lumière, de la déception à la joie, de la non-croyance à la foi. Ce fut le grand moment de sa conversion, du retournement de son cœur. Il a adhéré aux enseignements et à la personne de Jésus qu’il avait suivi et qu’il avait vu mourir sur la croix. Certes, le disciple a lu les signes qu’il voyait de ses propres yeux: le linceul et le suaire restés dans le tombeau. Mais il les a lus avec les yeux de la foi dont il avait reçu le don. Il est entré dans le mystère de la résurrection. Comme nous ressemblons à ce disciple bien-aimé! Comme lui, nous avons besoin de signes pour parvenir à la compréhension, c’est-à-dire à la prise en soi de la révélation qui nous est faite de l’amour surabondant de Dieu, du Dieu de vie, du Dieu qui ne laisse pas dans la mort ni Jésus, ni celles et ceux qu’il aime et qu’il accueille dans sa propre vie éternelle. Comme ce disciple qui connaissait les textes des Écritures, nous savons énoncer des passages bibliques, voire des dogmes. Mais si le disciple était entré dans le sens profond des Écritures, aurait-il eu besoin de se rendre au tombeau pour croire en la résurrection de Jésus? Aurait-il eu besoin du signe du linceul et du linge restés là dans le tombeau ouvert? La foi est d’un tout autre ordre que le savoir. Aucun signe ne pourra jamais nous faire parvenir, à lui seul, à la foi. Il faut toujours pour en arriver à dire «je crois», une adhésion du cœur, non seulement à une vérité, à un dogme, mais, à une personne, celle de Jésus bien vivant au milieu de nous. Cette adhésion nous fait compagnes et compagnons de Jésus, disciples acceptant de marcher à sa suite pour aller là où il va: au temple pour prier; chez les pauvres à qui il annonce la Bonne Nouvelle et chez les riches qui, à sa rencontre, comprennent qu’il faille se préoccuper des pauvres; chez les malades qu’il comble de sa compassion; partout où des gens quêtent le sens de leur vie en même temps que le bonheur. Pâques, c’est le passage de la mort à la vie. Pâques, c’est le passage du doute à la foi. Pâques, c’est le passage d’une centration sur soi à un souci des autres que nous rencontrons sur notre route. Pâques, c’est dire: «Je vois maintenant; je commence à comprendre; je fais confiance; j’entre dans ce mystère qui révèle au-delà de tout l’infinie fidélité de Dieu à la vie qu’il crée et qu’il donne.» Comme l’aveugle qui palpait les fleurs aux Floralies de Montréal, nous pouvons toucher certains petits prodiges qui nous élèvent vers Dieu. Aidés par d’autres, nous pouvons passer progressivement de nos aveuglements à une expérience de foi. Alors, nous pouvons dire par toute notre vie: «Christ est ressuscité! Il est vivant au milieu du monde! Je vois!» Vivre Pâques, c’est passer à la foi; c’est surtout passer au Christ de Dieu. Denise LAMARCHE |
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