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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 137 (2009).

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Pour que notre vie ne soit pas inutile…

10 mai 2009
Année B : 5e dimanche de Pâques
Jean 3, 18-24

« Mes enfants, nous devons aimer: non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (v. 18)


Au mois de novembre dernier, j’ai eu le très grand privilège d’accompagner un père de neuf enfants dans sa préparation à la mort. Et voilà que très peu de temps avant le grand passage, bien lucide, il me disait: «Ma vie n’a pas été inutile et ma mort ne le sera pas non plus.» Cette parole m’a beaucoup donné à réfléchir et je me suis mise à relire la vie de cet homme, mon frère, décédé à l’âge de quatre-vingt-deux ans.
Il avait vécu une vie extraordinairement ordinaire, mais il avait aimé. Oui, il avait aimé jusqu’au bout les membres de sa famille. Il avait aimé ses compagnons de travail, même ceux qui, parfois, ne lui rendaient pas le respect qu’il méritait. Il disait: «Quand il m’est difficile d’aimer quelqu’un, je l’entoure de compassion.» Il n’avait pas une très grande instruction, mais il était allé à l’école de la vie et quel grand cœur battait en lui! Savait-il qu’il mettait en pratique dans sa vie quotidienne les enseignements de la première lettre de Jean, celle-là même dont il nous est donné de lire un extrait aujourd’hui?

«Aimer: non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité» (v. 18). C’est bien à cela que toutes et tous, nous sommes appelés: poser les gestes révélant aux autres qu’ils sont importants pour nous, que nous les respectons, que nous les aimons. Quels que soient notre âge, notre état de santé, nos diverses compétences, nous ne pouvons pas nous libérer de cet engagement à être et à agir au nom de l’amour que nous devons porter à nos sœurs et à nos frères en humanité. Personne n’est dispensé de ce devoir comme personne n’est privé du droit de réclamer la compassion et l’affection ou, à tout le moins, le respect des autres. Voilà bien la première intention de Jean: faire comprendre aux chrétiennes et aux chrétiens que l’amour qui ne s’exprime pas dans des actions bien concrètes n’est pas un véritable amour. Aimer en vérité, c’est agir conformément à l’amour que nous disons avoir pour notre prochain.

Mais, ce n’est pas tout. Jean est bien conscient que cet amour que nous portons aux autres prend sa source dans l’amour de Dieu qui nous a été manifesté en Jésus Christ. Si nous pouvons aimer Dieu et les autres, c’est que Dieu nous a aimés le premier (1 Jean 4, 19). Et c’est parce que nous aimons notre Dieu que nous devons aimer les autres qui sont ses créatures, ses enfants puisque Dieu est le Père de toute personne vivant en ce monde. Cet amour que nous portons aux autres est une expression réelle de notre foi en Dieu.

Jean se fait rassurant. Les chrétiens de son temps devaient parfois, tout comme nous, s’inquiéter en se demandant si leur manière de vivre était conforme à la volonté et au projet du Seigneur. Qu’il devait leur être bon de s’entendre répéter que l’amour qu’ils portaient à leur prochain les faisait appartenir à la vérité et que devant Dieu ils pouvaient avoir le cœur en paix (v. 19)! Jean va même plus loin. Il veut convaincre les membres de sa communauté de l’indulgence et de la miséricorde de Dieu. Car, même si notre cœur nous accusait – dans le contexte, cela veut dire que même si nous reconnaissons manquer de charité, d’amour de notre prochain – Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît toutes choses (v. 20). Oui, Dieu connaît - en même temps que nos limites, nos faiblesses, nos besoins de conversion - notre bonne volonté d’aimer comme Jésus nous demande de le faire. Ce texte veut en convaincre les lectrices et les lecteurs.

Pour nous tenir avec assurance devant Dieu (v. 21), il nous suffit de le prier de nous accorder d’être fidèles à ses commandements dont les deux premiers: l’amour de Dieu et l’amour du prochain comme soi-même qui contiennent toute la loi et les prophètes. Jean le dit autrement. Il parle, au verset 21, d’un seul commandement de Dieu qu’il déplie ainsi: avoir foi en son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé.

Tout cela semble facile à comprendre. Le mettre en pratique au quotidien des jours présente cependant un défi. Mais cet amour dans lequel nous sommes appelés à toujours grandir, si nous le vivons dans la vérité, fait que notre vie n’est pas inutile et que notre mort ne le sera pas non plus.

Denise LAMARCHE
Longueuil

 

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