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Vraiment, il est Fils de Dieu5 avril 2009 « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria: "Vraiment cet homme était le Fils de Dieu!" » (v. 15, 39) Le récit de la passion et de la mort de Jésus en l’évangile selon Marc est comme une longue séquence de faits et d’événements qui devraient parler par eux-mêmes, sans qu’il soit besoin de glisser ici ou là un commentaire, une indication pour l’interprétation. Une longue séquence qui paraît disproportionnée par rapport à l’ensemble du bref livret de Marc. Ce qui dit l’importance et l’intérêt que revêtait aux yeux des premiers lecteurs ce récit d’une fin de vie, d’une fin d’aventure pour les disciples immédiats. C’est comme la réponse à une recherche entreprise dès le début sur la véritable et réelle identité de ce Jésus de Nazareth. Tout commence dans la fraternité et le partage; c’est le repas pascal avec le signe de la vie donnée suivi du chant d’action de grâce et du départ vers le mont des oliviers. Alors, l’inquiétude et le doute font leur apparition. Pour Jésus, c’est la crise d’angoisse devant la mort prochaine, puis l’acceptation. Pour les disciples, c’est l’arrestation du Maître qui fait naître le trouble, et le trouble devient doute: «Qui donc est-il vraiment, celui que l’on prenait pour un sauveur et un guide?». C’est le doute qui achève d’épuiser l’espoir, le doute auquel se mêle la peur pour conduire au reniement, aux fuites, à toutes les lâchetés. Pour franchir les barrières du doute, il faut descendre encore plus bas. Il faut regarder bien en face les faits et les événements les plus pénibles. Ce sont alors les procès qui opposent les autorités religieuses et politiques à l’autorité silencieuse, mais ferme dans sa conviction, de l’accusé. Ce sont les scènes de violence et de dérision. Il apparaît faible et démuni aux yeux des disciples qui ne reconnaissent plus en lui le maître et le prophète qui faisait lever toutes les espérances. Ils ne voient plus qu’un aventurier démasqué par les chefs religieux, par le représentant du pouvoir romain. Ils ne savent pas reconnaître le serviteur souffrant dans l’abaissement de celui qui pourtant guérissait de tous les maux. Et voici la fin: le crucifiement, le cri de détresse. Encore la dérision, la non reconnaissance. On ne voit que celui qui est châtié, qui mérite l’abandon dans lequel le plonge la folle conviction de sa mission. Mais voici qu’à l’instant de la mort, cette mort ignominieuse sur la croix des criminels, tout bascule et se retourne. Le voile du Temple, ce voile qui barrait le chemin à tout autre que le grand-prêtre, se déchire. Comme pour marquer qui est le vrai prêtre désormais, celui qui est vu de tous, qui est accessible à tous parce qu’il est au service de tous. Comme pour marquer la fin d’un monde ancien, désormais aboli, et l’ouverture d’un monde neuf, renouvelé. Mais tous ne voient pas, ne savent pas lire le fait et l’événement. Sommet de ce long récit, un témoin voit et comprend et proclame la réponse à la question présente depuis le début de tout l’évangile: «Qui donc est-il.» La réponse qui vient d’un païen, un chef des soldats qui donnait les ordres pour cette exécution, qui n’était pas encombré d’une culture religieuse paralysante, qui savait, comme par métier, lire l’innocence et la grandeur au plus profond d’un abaissement. La réponse: «Vraiment cet homme était Fils de Dieu!» Premier témoin d’une longue suite qui, comme lui, sauront lire la vérité et la grandeur dans ce qui semble au plus bas. Premier témoin de ceux qui reviendront de leur reniement, de leurs fuites, de leurs peurs pour retrouver celui qui toujours tend la main pour guérir et sauver. Maintenant, tout peut glisser vers le silence, la paix et le repos du tombeau. Tout est en attente de l’éclatement de la justice de Dieu dans la résurrection d’une vie donnée en partage. C'est la résurrection du serviteur de la vie dans la communion la plus intime avec tous ceux que le mal empêchait d’espérer et avec tous ceux qui avaient faim de justice, de pain, d’espérance. Pourquoi ce récit nous retient-il toujours? Certainement pas par goût d’une histoire malheureuse, par goût du tableau de la détresse et de l’abaissement. Parce que c’est le récit d’un salut et d’une libération dont nous nous savons les héritiers? Avant tout parce que c’est quand il est au plus bas que nous le savons proche de nous, de nos doutes, de nos peurs, de nos espoirs. Il est si proche de nous qu’il devient possible de croire au bonheur et à l’innocence, de croire que les faits et les événements ont un sens. Yvon-D.GÉLINAS |
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