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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 138

(2009).

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Nous sommes aussi
de cette présence eucharistique

14 juin 2009
Année B : Le Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ
Marc 14, 12-16.22-26

« Prenez, ceci est mon corps… ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude » (v. 22.24)

Ce sont des paroles de chair et de sang, de pain à partager. Jésus voulait dire le sens de sa vie et que cela parvienne jusqu’à nous. Il s’est donné corps et âme, il est allé au bout de lui-même. Tel un pain brisé, telle une invitation au partage, il a donné son sang et sa vie, comme on dit de quelqu’un qu’il est allé au bout de sa vie. Jésus témoigne de son désir le plus profond. Non, Il ne veut pas qu’on vole sa vie ni celle des autres; il veut la donner. Et Marc, l’évangéliste le plus succinct, a repris ces paroles pour des croyantes et des croyants des premières heures qui probablement éprouvaient, comme c’est aussi parfois notre situation, certaines difficultés dans leur foi, et certainement dans leur manière de croire et de faire mémoire de Jésus.

Depuis ce temps, on a tenté de toutes sortes de manières de trouver un sens à ces paroles… Un sens pour nous, pour notre vie. Ces paroles font maintenant partie de notre histoire. Nous sommes les héritiers de cette situation. Il nous faut vivre notre foi en essayant toujours de saisir à nouveau ce que signifie cette expérience de l’eucharistie. Peut-être que cette fête du Corps du Christ, du Saint-Sacrement, de la Fête-Dieu - les noms disent un certain embarras - peut nous amener à nous resituer comme des femmes et des hommes qui vivent de ce pain vivant, qui veulent partager ce pain et cette coupe pour que cela ait du sens dans notre vie. Cette fête particulière peut alors nous réveiller en nous permettant de porter une attention particulière à cette expérience.

«Prenez, ceci est mon corps… ceci est mon sang.» Ces paroles nous provoquent plutôt à une quête de sens qu’elles cachent et révèlent tout à la fois. Une chose est sûre. Malgré tout le respect qu’on doive porter à la présence eucharistique, Jésus n’est pas venu pour rester enfermé dans le tabernacle. Sa volonté est de nous rejoindre dans notre quotidien, dans nos maisons, sur nos routes, là ou nous vivons notre travail, nos espérances, nos larmes, nos réussites. C’est là aussi que le pain est partagé. Tel est le sens de la fête, de cette fête. Rendre la vie de Jésus jusqu’à nous, jusqu’à aujourd’hui et demain.

Entrer dans l’eucharistie, célébrer l’eucharistie, communier, c’est tout d’abord un moment d’action de grâce à la vie, à la vie du Christ et à la nôtre qui communie à la sienne. Célébrer l’eucharistie, c’est un moment de pauvreté, de dépouillement de nos sécurités, de nos égoïsmes. Elle transforme notre vie. Pourvu que le geste de prendre le pain et le vin, d’en garder un petit morceau pour soi, de penser à l’autre qui est à côté et qui désire aussi vivre signifie quelque chose de sa vie, de son désir de partage. Il faut que le geste ait du sens; il faut que celui qui présente le pain et celui qui le prend puissent se reconnaître, se regarder. Accueillir Jésus présent dans le geste de donner et de recevoir… Et se retrouver étonnés de ce partage si simple et si riche de promesses.

La présence du Christ dans l’eucharistie est un don, mais un don n’est vraiment un don que s’il est accueilli. C’est le travail de notre foi. Et cette présence n’est pas indépendante de la qualité de nos paroles et de nos gestes autour de l’eucharistie et dans la vie. Sa présence, pour être vraie, appelle la nôtre. Comment se fait-il que, pour tant de croyantes et de croyants, ce geste ne parle plus et soit même devenu insignifiant? En bonne partie parce qu’on a rendu cette présence insignifiante, parce qu’on l’a enfermée dans une vision arrêtée à travers ce geste quotidien de la communion qui ne ressemble plus à un partage de pain et de vin. Oui, nous sommes responsables aujourd’hui de ce que l’eucharistie soit signifiante.

La vie donnée de Jésus, sang et corps, aujourd’hui nous la célébrons dans cette Fête-Dieu. Voyez à quoi ressemble Dieu: c’est la vie à plein, à aller au bout de son sang, comme on dit, au bout de sa chair. La Fête-Dieu, c’est la fête du pain multiplié qui reste vivant. À nous d’être la mémoire vive de la fête de Dieu, cette mémoire vive pour l’humanité.

Alors, à nous d’être vigilants et de nous rappeler en paroles et en gestes que la présence du Christ dans l’eucharistie n’a de sens pour nous que si nous y sommes nous-mêmes vraiment présents, autant dans les paroles et les silences que dans les gestes. «Vous êtes le corps du Christ, recevez ce que vous êtes» rappelait saint Augustin. Chaque fois que nous faisons l’eucharistie, nous pourrons nous rappeler ces paroles de Jésus: «Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement…» C’est de nous dont il parle.

Guy LAPOINTE
Montréal

 

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